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Le grand deuil.

Le grand deuil.

Quand je vois à la télé ces hordes de barbus, les yeux brillants de folie meurtrière, la bouche déformée pas d’horribles rictus de haine, qui hurlent des insanités et promettent d’égorger tous les Français qui leur tomberont sous la main, je crois vivre un cauchemar. Je repense à ces pays que j’ai traversés jadis - Turquie, Iran, Pakistan, Jordanie, Algérie etc. Je revois l’accueil que me réservaient des gens du peuple au nom des valeurs culturelles ou religieuses qui les habitaient alors. Je raconterai dans un prochain livre mon voyage en auto-stop de Paris à Saïgon en 1960, pour faire revivre cette heureuse époque où les musulmans étaient les rois de l’hospitalité. Et, bien que je connaisse la réponse, il m’arrive encore de me poser la question : que s’est-il donc passé durant ce demi-siècle pour qu’on en arrive à cette détestation terrifiante ?

Ouvrons donc les yeux. Dans les années 60, nous étions en pleine guerre froide. Un mur entourait Berlin et des combats contre les communistes faisaient rage en Extrême Orient. Dans les années 60 le monde était divisé en deux blocs, l’Ouest et l’Est, autrement dit, selon les idées que l’on professait : les bons et les méchants. Dans les pays que l’on appelait alors le tiers-monde, pour tous les déshérités qui rêvaient de changer la société, les bons étaient ceux qui prêchaient la justice et l’égalité et luttaient contre le capitalisme. Pour eux Staline, avec sa fausse bonhomie, n’avait pas été un tyran mais le petit père des peuples. Quant à Kennedy, récemment élu, ils le considéraient comme le représentant souriant et arrogant de la haute finance internationale. En ce temps-là, l’Amérique était déjà le mal absolu et les pays de l’Europe de l’Ouest ses laquais, mais on ne haïssait pas les peuples sans lesquels toute révolution eût été impossible. On haïssait les systèmes. Presque toutes les discussions que j’ai eues durant ce prodigieux voyage étaient d’ordre politique. Seuls l’Afghanistan, dans ses isolats de l’Hindou-Kouch, et le Pakistan, État religieux, affichaient un Islam ombrageux qu’il ne fallait pas contrarier. Cela ne les empêchait pas au demeurant d’accueillir avec bienveillance les visiteurs étrangers qui savaient se tenir. Étrangement, cette bipolarité tempérait les colères.

Le grand deuil.
Le grand deuil.

L’Occident a crié victoire quand l’Union Soviétique s’est effondrée. En revanche, pour des millions de laissés-pour-compte, ce fut une désillusion terrible. N’ayant plus de phare terrestre pour éclairer leurs espérances, ils se mirent petit à petit à regarder vers le ciel. Les ploutocraties arabes richissimes, soucieuses de conserver leurs privilèges, et les États-Unis qui croyaient la religion moins dangereuse que ce marxisme-léninisme qu’ils avaient vigoureusement combattu avec le sénateur McCarthy, s’employèrent à orienter les multitudes soudain orphelines vers un intégrisme musulman, plus facilement bernable. Les Palestiniens que j’ai connus laïcs sont, eux aussi, tombés dans ce piège et le Hamas, création secrète du Mossad pour affaiblir Arafat et l’OLP, le Hamas qui n’avait aucune audience à l’époque des deux blocs, commença alors à prospérer. Aujourd’hui, il est certain que l’Arabie Saoudite, le Qatar, Israël et les services secrets américains se livrent à des manipulations délétères sur tout un pan de l'humanité en deuil de ses illusions.

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