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Rappelez-vous Saïd Mekbel

Bonjour citoyens et citoyennes amis.

Je pense qu’il est utile, en ces temps troublés qui peuvent éveiller dans les cerveaux fragiles de nazillons en herbe, voire dans ceux d’individus lambda des envies de vengeance, que jusqu’à preuve du contraire ce sont des journalistes et des intellectuels arabes qui ont payé le plus lourd tribut dans le dur combat contre les forces obscures du fanatisme et contre les tyrannies. Récemment deux journalistes tunisiens ont été massacrés en Libye par des milices islamiques. Je désire vous faire lire le dernier billet qu’a écrit le journaliste algérien du quotidien d’Alger « Le Matin » Saïd Mekbel, assassiné le jour de sa parution, le 3 décembre 1994 par des terroristes du GIA, ou qui sait, les organisations souterraines et manipulatrices de l’oligarchie militaire qui règnent sans partage sur ce pays…

« Ce voleur qui »

« Ce voleur qui, dans la nuit, rase les murs pour rentrer chez lui, c’est lui. Ce père qui recommande à ses enfants de ne pas dire dehors le méchant métier qu’il fait, c’est lui. Ce mauvais citoyen qui traîne au palais de justice, attendant de passer devant les juges, c’est lui. Cet individu, pris dans une rafle de quartier et qu’un coup de crosse propulse au fond du camion, c’est lui. C’est lui qui, le matin, quitte sa maison sans être sûr d’arriver à son travail. Et lui qui quitte, le soir, son travail sans être certain d’arriver à sa maison. Ce vagabond qui ne sait plus chez qui passer la nuit, c’est lui. C’est lui qu’on menace dans les secrets d’un cabinet officiel, le témoin qui doit ravaler ce qu’il sait, ce citoyen nu et désemparé...Cet homme qui fait le vœu de ne pas mourir égorgé, c’est lui. Ce cadavre sur lequel on recoud une tête décapitée, c’est lui. C’est lui qui ne sait rien faire de ses mains, rien d’autres que ses petits écrits, lui qui espère contre tout, parce que, n’est-ce pas, les roses poussent bien sur les tas de fumier. Lui qui est tous ceux-là et qui est seulement, journaliste. »

Oui, ne sombrons pas dans les pièges où veulent nous entraîner ceux qui manipulent nos jeunes désemparés des cités pour en faire des assassins aveugles et sanguinaires. Restons soudés, lucides et fraternels et surtout, n’ayons pas peur. C’est la peur qui fait naître la haine et l’intolérance. Je sais qu’en poussant mon cri de guerre « viva la revolucion, viva », j’en défrise certains qui me l’ont fait savoir, mais ma révolution, elle est d’abord et avant tout individuelle et bien sûr j’essaie de la faire partager. Parvenir à dominer ses instincts négatifs, ses envies de colères, de meurtre parfois et s’efforcer de ne juger autrui qu’à l’aune de ce que l’on est soi-même, c’est déjà en soi une révolution. Saïd Mekbel est resté vivant dans ma mémoire comme le restera Cabu avec ses grands yeux émerveillés, son sourire de gamin et son crayon insolent.

Vivaaaaaaaaaaaaaa !

Rappelez-vous Saïd Mekbel
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