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Amère victoire !

Amère victoire !

Qu’on se le dise : Richard III Plantagenêt dont on vient de célébrer les funérailles à Londres 530 ans après sa mort était un francophone. À cette époque, toute l’aristocratie d’Angleterre était d’origine normande. Son père avait, à juste titre d’ailleurs, autant que les Valois qui régnaient alors sur notre pays, des prétentions au trône de France mais le fils aura la malchance de naître en 1452, un an tout juste avant la fin de la guerre de 100 ans qui grâce à une arme nouvelle, l’artillerie de campagne organisée par Jean Bureau, verra la victoire indiscutable des troupes françaises sur les invincibles archers anglais condamnés à retourner sur leur île et à y rester. Cette victoire désolait le « père la victoire » Clemenceau qui disait : « Quel dommage que nous ayons gagné la guerre de Cent Ans. Si nous l’avions perdue, nous serions certes tous Anglais, mais nous parlerions tous le français. Quel grand peuple nous aurions fait ».

Eh oui ! Il est des victoires qui au regard de l’histoire sont de vertigineuses défaites. Vous rendez-vous compte ce que serait le monde si aujourd’hui, en Amérique du Nord, en Grande Bretagne, en Australie, en Nouvelle Zélande, etc. la langue nationale était la nôtre ? Une petite consolation : les Plantagenêt régnaient aussi sur l’Aquitaine, la Guyenne d’alors, ce qui expliquerait peut-être que certains Anglais aient conservé dans leur subconscient un goût très marqué pour les vins de Bordeaux et de Gascogne. Quand ils en ont les moyens, ils aiment même acquérir sur ces terres perdues au 15ème siècle, de belles résidences secondaires. Hélas, entre-temps, en Angleterre, les Saxons et les Angles, les deux ethnies germaniques longtemps dominées par les Normands, ont fini par les chasser du pouvoir et c’est leur langue qui s’est imposée dans tout le royaume. Les milliers de mots français qu’ils garderont, faute d’en avoir de meilleurs, vont changer progressivement de sens et de prononciation. Seules resteront compréhensibles la devise du trône : « Dieu et mon droit » et celle de l’ordre de la Jarretière : « Honi soit qui mal y pense », avec un seul n à honni. Cette victoire finale des Anglo-Saxons sur les Normands explique peut-être l’inimitié que ressentent au fond d’eux-mêmes les Anglais à notre encontre. Ils aiment notre pays, notre cuisine, nos pinards et se verraient bien à notre place sur cette vieille terre de France dont de grands pans firent partie intégrante de leur royaume pendant de longs siècles. Si les princes à l’époque étaient francophones, la piétaille, elle, ne l’était pas et elle a laissé quelques-uns de ses mots dans la langue occitane. Je me souviens d’une paysanne de l’Aude qui pour dire qu’elle était d’accord avec vous lançait un « ça raï » dont j’ai mis longtemps à comprendre l’origine. Et puis un jour Eureka ! Ce mot de patois venait de « all right ». Une précision tout de même. Si nous agaçons une majorité d’Anglo-saxons, il existe chez eux une minorité qui nous apprécie vraiment et parle notre langue avec une délicieuse petite pointe d’accent. Eh bien, ceux-là, moi aussi je les aime et regrette comme ce cher Clemenceau cette maudite victoire de Charles VII de France contre Henri VI d’Angleterre, lors de la bataille de Castillon, le 17 juillet 1453. Ce jour-là est à retenir. La langue française perdit sa seule chance de devenir la première langue du monde.

Amère victoire !Amère victoire !

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