Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

De qui faut-il avoir peur ?

J’ai écouté jack Lang hier sur RFI vers 13 heures 30 et j’en suis encore outré. Cet homme qui est allé voir Assad à plusieurs reprises, soit disant pour préserver à l’époque la paix à tout prix, affirme maintenant, qu’avec tous les crimes odieux qu’il a commis on ne peut plus pactiser avec lui. C’est en tant que président de l’institut du monde arabe qu’il parle désormais. Quand on sait que 50% des réfugiés sunnites, j’insiste, sunnites, ne désavouent pas le régime syrien - si l’on ne savait pas qu’ils fuient en réalité les islamistes et les bombardements - on en arriverait à se dire qu’ils sont complètement masochistes. Je me demande si Lang ne confond pas les crimes de Assad, il en a certes beaucoup sur la conscience, avec ceux de Daech. J’y reviens : est-ce lui qui a massacré les chrétiens, les alaouites, les yézidis, les kurdes et les laïcs de son pays ? Est-ce lui qui a détruit Palmyre ? Quand j’entends nos politiciens français, je me demande encore s’ils ont les pieds sur terre.

Oh que oui ils les ont. Qui sont les plus gros financiers de l’Institut du monde arabe : le Qatar et l’Arabie Saoudite.

Comme moi, vous vous êtes sans doute posés cette question : pourquoi Fabius s’est-il montré le plus virulent des occidentaux lors des négociations sur le nucléaire avec les Iraniens, plus virulent même que les Américains ? Ne cherchez pas ! Quel pays l’Arabie Saoudite et Israël redoutent-ils le plus ? L’Iran bien sûr ! Et Ryad, quand il le faut, sait se montrer généreuse avec ceux qui la soutiennent. Vous n’avez toujours pas saisi ? Nos gouvernants, qui dirigent une France au bord de la faillite, sont prêts à toutes les compromissions pour dénicher des contrats. Grâce à l’attitude de Fabius on a pu vendre des rafales, des blindés, des hélicoptères et même les Mistral refusés au Russes et que l’Egypte nous rachète avec l’argent des Saoudiens.

Imaginez la déception des Iraniens qui au début du 20ème siècle préféraient le français à l’anglais et désignait dans notre langue tous leurs édifices public : Palais de justice, poste, ministère etc… Pour eux, nous étions différents des Anglo-Saxons, moins sordides, plus raffinés. Lorsque l’Iran avait tenté de nationaliser les compagnies pétrolières et de chasser du pays l’Anglo-Persian Oil compagny, future British Pétroléum, dans les années 50, l’Intelligence Service et la CIA, oui la CIA déjà, lancèrent «l’Opération Ajax » qui finança un coup d’Etat militaire. Le Shah que le gouvernement démocratique du docteur Mossadegh avait contraint à l’exil à Rome fut rappelé par le chef du putsch, le général Zahedi et le très charismatique premier ministre, qui par ses réformes sociales avait fait rêver le peuple, fut chassé manu militari du pouvoir. On n’osa pas l’assassiner de peur des réactions que ce crime d’Etat aurait pu susciter. On l’assigna donc à résidence jusqu’à sa mort et l’Iran qui s’éveillait à la lumière de la démocratie tomba dans le carcan d’un régime impérial entretenu et armé par les Etats-Unis. A l’époque le parti Tudeh, parti communiste iranien, comptait des dizaines de milliers de militants dans tout le pays et aussi au sein de l’armée. La peur de voir cette zone pétrolière éminemment stratégique basculer dans le bloc soviétique poussa Washington à financer une campagne de répression sanguinaire qui finit par porter ses fruits. Les séides du Shah, conseillés par des agents américains, s’employèrent avec zèle à purger toutes les administrations du royaume et à décapiter l’organisation marxiste. Ils s’acquittèrent si bien de leur tâche que le peuple, avide de changement, perdit espoir dans le Tudeh complètement affaibli et se tourna vers une opposition naissante, celle des Ayatollahs, qui leur promettait d’abattre l’empereur félon, valet du grand Satan américain, afin d’instaurer une république islamique uniquement aux ordres du Tout Puissant. Là ou Marx et Engels avaient échoué, Allah devait réussir. La suite vous la connaissez aussi bien que moi…

De qui faut-il avoir peur ?De qui faut-il avoir peur ?
De qui faut-il avoir peur ?De qui faut-il avoir peur ?

Et c’est au moment ou l’Iran cherche à sortir de son isolement dogmatique et à s’ouvrir au monde que notre ministre des affaires étrangères fait preuve d’un excès de zèle surprenant. Puis, quand l’accord est enfin signé, le voici qui a le culot de se pointer à Téhéran avec une vingtaine de chefs d’entreprise dans l’espoir de signer de juteux contrats. S’il avait été discret pendant les négociations, c’est probablement ce qui se serait produit, mais là c’était un peu fort de café. Les Anglais eux, ont été plus habiles. On ne les a pas entendus. Quant à Obama qui a mené les discussions à leur terme pendant que Netanyahou le caviardait en plein sénat américain, il a carrément la cote à Téhéran. Non, les plus gros contrats ne seront pas pour nous alors qu’au départ on était pourtant les mieux placés dans le cœur des Iraniens.

Revenons à Jack Lang et à son interview sur RFI. Il s’est tout de même fendu à la fin d’un plaidoyer en faveur des Palestiniens. C’est tendance d’être verbalement pro-palestinien et surtout ça ne mange pas de pain. Même les pays du golfe cousus d’or le sont, sans pour autant accorder le moindre soutien efficace à ce peuple martyr qui voit son pays partir en lambeaux malgré les dithyrambes de tous ses faux amis.

Enfin pour terminer dans le JDD dimanche matin j’ai lu en gros titre : Faut-il avoir peur de Poutine ? J’ai, à dire vrai, plutôt moins peur de Poutine que des Américains. Jusqu’à preuve du contraire, n’étant pas un opposant russe - je sais qu’il a une fâcheuse tendance à les faire disparaître - je ne me sens pas menacé par lui. Il n’a pas attaqué l’Irak sous le captieux prétexte que ce pays détenait des armes de destructions massives. Il n’a pas crée Al Qaïda, ni Daech et si aujourd’hui, il intervient en Syrie c’est à mon avis plus pour sauver ce pays que pour le détruire, contrairement à la coalition occidentale et à ses étranges alliances avec une fausse opposition démocratique syrienne qui n’est en réalité qu’un trompe l’œil. De plus, si les Chinois entrent à leur tour dans la danse, n’est-ce pas aussi pour dire clairement à tous ces stratèges qui veulent redessiner le Moyen Orient à leur convenance : ça suffit vos petites magouilles entre amis. Maintenant, on joue cartes sur table ! ? Si j’avais été, moi, le redac-chef du JDD j’aurais posé la question autrement : De qui faut-il avoir le plus peur ? De Poutine ou de la CIA ?

Mais, bon, depuis qu’elle est aux mains des financiers, la grande presse, on le sait, n’est plus neutre. Soyons donc vigilant. Vivaaaa !

De qui faut-il avoir peur ?
De qui faut-il avoir peur ?De qui faut-il avoir peur ?De qui faut-il avoir peur ?
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :