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Le Paradis perdu

LE PARADIS PERDU.

Je suis assez d’accord avec Michel Onfray, cité il y a peu sur ce mur par Alex. Les hommes étant « les maîtres » « La virginité et la fidélité monogamique » ne s’appliquent bien évidemment qu’aux femmes. En a-t-il toujours été ainsi ? Bien sûr que non…

Flash-back :

Au début de la révolution néolithique, quand en Mésopotamie des hordes de chasseurs-cueilleurs, sans doute en raison de la raréfaction du gibier, se sont fixés dans les plaines limoneuses des deux grands fleuves antiques, les femmes qui détenaient les secrets des plantes et de l’élevage ont insensiblement pris l’ascendant sur les hommes. Des millénaires durant, pendant que ceux-ci traquaient le gibier, elles, dans de petits jardins près de leurs gites, grottes ou huttes, avaient sélectionné des graines ou des rhizomes comestibles et domestiqué volatiles, caprins ou ovins pour compléter l’ordinaire, les jours de pénurie. Quand s’imposa, pour pallier les aléas de la chasse, la nécessité de la sédentarisation et du travail de la terre, c’est essentiellement d’elles et de leurs connaissances agricoles que dépendit la survie dans les premiers villages sédentaires. Aux hommes les travaux de défrichage, de labour, d’irrigation. A elles les semailles, les moissons, l’entretien des basses-cours et du bétail. C’est l’époque d’un matriarcat qui se traduit par la création de déesses mères aux opulentes poitrines, aux fortes cuisses et aux hanches callipyges appelées fécondités. Une vaisselle animalière d’une rare beauté exprimant, sans doute, la nostalgie des grandes chasses d’antan fait peu à peu son apparition. C’est l’époque des jardins d’Eden dont parle la bible avec regret, de ce paradis à jamais perdu où vivent des collectivités rurales qui ignorent l’instinct de possession et considèrent le sens du partage comme la première des vertus. L’amour y était peut-être libre et les enfants confiés à la vigilance des anciens de la communauté qui vénéraient probablement des divinités représentant les éléments essentiels de la vie : la Terre, l’Eau, le Ciel et le Feu ainsi que des cohortes d’esprits telluriques maîtres de lieux bien précis. Les œuvres picturales sur poteries et vaisselles connurent au fil des siècles, une évolution artistique surprenante, passèrent du figuratif au cubisme et au pointillisme, tout ça quelque quatre ou cinq mille ans avant Picasso, Seurat, Pissarro etc.

Eh puis un jour des brumeuses montagnes du Caucase, les Sumériens ont déferlé vers les plaines fertiles avec leurs arcs de bois durs et leurs épées de cuivre ou de bronze. Chez eux c’étaient les mâles qui dominaient et dans chaque clan, un chef, qui avait aussi le rôle de grand prêtre détenait l’essentiel du pouvoir. Terminé le communisme édénique, les accouplements propitiatoires rythmant le cycle des saisons. Terminé l’amour libre et la prépondérance féminine. Ces nouveaux venus, inventeurs de la roue, vont créer des cités-états prospères et compartimenter les taches. Près des temples, Ziggourat, se bâtiront les palais, les casernements des soldats, et des fonctionnaires chargés de la comptabilité et des répartitions. Le Sumérien qui a inventé l’écriture n’était pas un contemplatif mais un fonctionnaire chargé de comptabiliser les réserves des greniers et les rétributions. Ce n’est donc pas un mot qui fut le déclic de la plus belle invention humaine mais un chiffre. Le calcul avant la poésie. Cette nouvelle structure va créer les toutes premières classes sociales. Les plus aisés vont vouloir acquérir de la terre à leur seul profit et proposeront aux paysans qui consentiront à céder leur parcelle de travailler pour eux. Une statuaire imposante apparaît, représentant des rois et des notables mâles prospères, les Goudéa. C’est bien là que commencent tous nos malheurs. Le capitalisme pointe le bout de son nez et la femme n’est plus en odeur de sainteté. Elle n’a plus aucun pouvoir décisionnaire et se trouve cantonnée aux tâches les moins valorisantes. Les voici désormais assujetties. Néanmoins, comme elles ont joué un grand rôle, elles figurent quand même en bonne place dans le panthéon Suméro-akkadien sous le nom d’Inanna ou Ishtar, déesse de la fertilité, de l’amour et de la guerre. Les prêtresses des temples qui lui sont dédiés ont surtout pour vocation d’apaiser les pulsions des hommes en mal de volupté, frustrés par l’avènement du patriarcalisme qui fait des épouses la propriété exclusive des maris. Une prostitution sacrée qui choqua beaucoup l’historien grec Hérodote. La déesse elle même, semble dotée d’un tempérament torride. Que ne lui prête-t-on pas comme propos : « Quant à moi, à ma vulve, tertre rebondi, moi, jouvencelle, qui me labourera ? Ma vulve, ce terrain humide qui y mettra ses bœufs (de labour) ? Laboure-moi donc la vulve, ô homme de mon cœur! »

Et voici ce que murmuraient les prêtresses à l’oreille de leurs ouailles : « Prends-moi ! N'aie pas peur! Bande sans crainte ! Par ordre d'Ishtar ».

Oui, mais, parce qu’il y a toujours un mais pour nous refroidir, cette lascivité monacale n’était en vérité qu’une déviance obscène des temps heureux où l’amour était un partage, pas une possession. Abraham, le premier patriarche biblique a vécu à peu près en 1900 avant Jésus Christ, une date qui correspond au déclin des Sumériens et aussi au déclin des Akkadiens avec lesquels ils ont plus ou moins fusionné. C’est une image peu flatteuse de femme, objet de tentation pour les hommes, qui s’imprime dans son cerveau. D’ailleurs, durant son errance nomade, la légende prétend qu’ayant fait passer sa très belle épouse Saraï pour sa sœur devant Pharaon qui la convoitait, il ne put empêcher le souverain d’en jouir à son aise. Il y a de quoi avoir les boules et il les a eu, c’est sûr !.

Le Paradis perduLe Paradis perduLe Paradis perdu
Le Paradis perduLe Paradis perduLe Paradis perdu

C’est en Egypte, sous l’influence de la révolution Amarnienne instaurée par le pharaon Amenhotep III, que le monothéisme fit son entrée dans l’histoire. Ce pharaon répudia le culte de Amon-Ré, le dieu soleil, le Zeus du panthéon égyptien, se fit appeler Akhenaton, « l’assistant ou le messager de Aton », le cercle solaire, et proclama celui-ci Dieu unique. A sa mort les prêtres d’Amon se vengèrent, pourchassèrent les hérétiques et réinstaurèrent le polythéisme originel. Or, à peu près à la même époque, les Hébreux qui vivaient dans des conditions proches de l’esclavage en Egypte furent peut-être attirés par cette religion nouvelle férocement réprimée. Qui sait si l’idée du dieu unique ne les a pas accompagnés durant leur longue marche vers la terre promise. C’est peut être ainsi que Yahweh est arrivé, é é, sans se presser é é, le grand Yahveh, le beau Yahweh avec son sceptre et sa barbe immense. Il va alors parler à Moïse, du moins c’est Moïse qui l’affirme, et lui dicter les tables de la loi.

Fortement marqué par l’amère expérience d’Abraham, le judaïsme va tout faire pour retirer la femme de la vie publique. Une phrase fameuse des Psaumes dit : « la gloire de la femme, c'est d'être à l'intérieur ». Et encore : « Où est Sarah ? Sarah est dans la tente ».

Dans la prière du matin, le pratiquant juif va bientôt remercier Dieu de ne pas l’avoir fait femme et de l’avoir conçu, elle, uniquement pour qu’elle lui soit dévouée et soumise.

Dans la genèse, c’est Eve qui la première cède à la tentation du serpent, Eve qui incite ensuite Adam à croquer dans le fruit défendu. Là on est carrément dans la mauvaise foi masculine, à croire que c’est Eve la seule corruptrice. Le violeur peut donc être absous. Ce n’est pas lui le fautif, c’est sa victime qui par sa seule présence a éveillé ses bas instincts. Et comme le christianisme et l’islam sont directement inspirés de la bible, ils vont bien évidemment dans les Evangiles et le Coran en dupliquer des passages entiers en les adaptant à leur stratégie du moment. Il est aujourd’hui certain, selon la lecture qu’on en fait, que les trois religions du livre, peuvent nous inspirer l’amour ou la haine, l’amour des proches, des semblables et la haine des autres, des mécréants, des infidèles, des païens, même si autrui revient très souvent dans les textes.

L’humanité ne s’est jamais remise de cette partition qui a instauré la suprématie des mâles sur les femelles, lesquelles avaient pourtant su, aux temps mythiques des jardins d’Eden, gérer une société apparemment idyllique. Déjà à l’époque où se rédigeait la bible, les scribes se lamentaient sur ce paradis à jamais perdu et faute d’espérer le retrouver un jour, le dogme religieux qui se construisait rendant impossible tout retour en arrière, ils en ont imaginé un dans le ciel qui ne serait accessible qu’après la mort, une mort de préférence héroïque, faite pour attiser le gout du morbide ou les aspirations au martyr. Je pense que le constat de Michel Onfray méritait cette explication. Personnellement je suis revenu aux vénérations premières, m’incline avec respect devant la terre, les forêts, les lacs, les rivières, les montagnes et affirme comme le faisait Waldo Emerson que toutes les religions sont fausses et que tous les dieux sont menteurs. Soyons iconoclastes. Vive la Madre terra. Vivaaaaaaaaaaaaa !

Jean Bertolino

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