Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

On ne devrait pas célébrer les armistices avec drapeaux, chants martiaux et défilés militaires. Je les ai vus ces pauvres poilus rescapés de la première grande vésanie du 20ème siècle. Je les ai vus des décennies durant avec leurs gueules cassées, leurs jambes de bois, la poitrine caparaçonnée de décorations, alignés au pied du soldat inconnu, attendant dans une immobilité vacillante, que les présidents de la république en exercice viennent leur serrer la paluche. Certains vont m’agonir d’injures en lisant cela mais, franchement, peut on célébrer les massacres d’Etat et les idéologies qui les ont suscités ? La pire d’entre elles est bien évidemment le nationalisme. Attention je ne dis pas qu’il faille honnir son pays, non. Il est même recommandé de l’aimer et d’œuvrer pour qu’il soit exemplaire mais à quoi bon le vouloir plus fort, plus puissant, plus avisé que les autres ? Nos amis Suisses n’ont jamais cherché à s’imposer à leurs voisins par la force et n’ont pas eu à s’en plaindre. Vous m’objecterez qu’ils se sont imposés par les banques. Ah oui, les banques, c’est vrai, c’est un peu désolant qu’elles aient été le seul rempart à la guerre, mais c’est un fait, en s’affirmant comme des gestionnaires discrets, efficaces et parfois peu regardants de capitaux en provenance du monde entier, nos chers Helvètes ont protégé la confédération mieux que la plus performante des armées. Même les nazis qui auraient pu les envahir sans problème, s’en sont bien gardés. On ne tue pas la poule aux œufs d’or. Est-ce à dire que l’argent qui est le nerf de la guerre est aussi le seul à pouvoir la tenir à distance ?

Vingt deux ans à peine après cette première guerre mondiale de 14-18 qui devait être la der des ders, éclata la seconde. Pourquoi ? Eh bien parce qu’au moment de l’armistice, les prétendus vainqueurs ont traité les soi-disant vaincus comme des chiens. Ce n’est pourtant pas une victoire militaire décisive des alliés qui poussa l’armée du kaiser à déposer les armes - aucun combat durant les quatre années de conflit ne s’est déroulé en territoire germanique - mais bien l’épuisement économique de l’Allemagne et la montée des tensions sociales préludant à la révolution spartakiste de Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht qui éclatera sitôt la paix signée.

Maudite soit la guerre !Maudite soit la guerre !Maudite soit la guerre !
Maudite soit la guerre !

Or Clémenceau, Lloyd George, Orlando et le président américain Wilson se comportèrent comme des rapaces. Dépouillant le pays de toute capacité à se régénérer, ils s’arrogèrent des territoires, établirent des zones d’occupations, firent main basse sur le charbon et l’acier, imposèrent des restrictions drastiques et une dette de guerre hors de proportion dont un ultime reliquat vient tout récemment d’être remboursé par le gouvernement d’Angela Merkel. Quand, outre Rhin, les Allemands, qui croyaient leur pays en train de gagner la guerre, virent déferler sur leur sol des armées d’occupation se comportant en territoire conquis, ils macérèrent ferme et avant même qu’Hitler ne reprenne l’expression à son compte, s’indignèrent contre ce que certains d’entre eux appelaient déjà le « diktat de Versailles ». Eh bien non, ce ne fut pas la der des ders, et ce maudit traité de paix de 1919 portait en lui les germes de la conflagration suivante. Je suis, pardonnez-moi, je le redis, hostile aux drapeaux et aux chants patriotiques qui glorifient les héros belliqueux et le sang versé. A la Marseillaise vindicative je préfère la « Douce France » de Charles Trenet et bien sûr en tant que Savoyard le refrain des Allobroges.

« Allobroges vaillants ! Dans vos vertes campagnes

Accordez-moi toujours asile et sûreté

Car j'aime à respirer l'air pur de vos montagnes :

Je suis la Liberté ! la Liberté ! ».

Tous les grands de ce monde feraient bien de songer aux prochains cataclysmes humains que nous réserve le réchauffement climatique. Les espaces viables de notre planète, si l’on ne prend pas d’urgence des mesures drastiques, vont devenir la cible de migrants affamés qui n’auront derrière eux aucun territoire de repli et en eux la rage de vivre. Il serait grand temps de lancer un « new deal » climatique qui obligerait les industriels à se passer des énergies fossiles dans les plus brefs délais. Hélas, je crains fort que les autocraties pétrolières, si courtisées par les états occidentaux, n’aient encore de beaux jours devant elles et que les migrants actuels ne soient qu’une avant garde d’un exode massif qui engendrerait un conflit Nord-Sud sans précédent dans l’histoire.

Il y a à Gentioux, dans la Creuse, un monument aux morts unique en France. On y voit la statue d’un petit orphelin montrant la stèle où sont gravés les noms de 58 soldats tombés en 14-18 avec cette inscription : « Maudite soit la guerre !». Merci à Jules Coutaud, un vrai pacifiste malgré son nom tranchant, ancien poilu gazé au front et maire du village de 1920 à 1965 de l’avoir fait ériger en 1922. Oui, maudite soit la guerre et maudits soient tous ceux qui ne font rien pour l’empêcher. Viaaaaaaa !

Maudite soit la guerre !Maudite soit la guerre !
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :