Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

A l’ombre des frangipaniers.

Hier, à Kep, nous avions décidé de passer quelques heures sur la plage. Surprise ! La jeune femme qui louait les chaises longues voulait nous taxer 10 dollars par chaise. Nous négociâmes 2 heures à 5 dollars pour deux. Deux heures à l’ombre d’un frangipanier à contempler la mer en somnolant. J’enfonçai ma casquette et me laissai bercer par le miroitement des vagues au loin. Marion était partie explorer la plage. Soudain des hurlements me tirèrent de ma torpeur. Une famille sortie d’un 4/4 se ruait sur les nattes qui recouvraient le sol à coté de nous et sur des hamacs, en engueulant la fille qui voulait la faire payer. J’ai cru comprendre que ces Cambodgiens considéraient que la plage étant un lieu public, ils n’avaient pas à débourser d’argent pour s’y installer, ce qui au fond est aussi mon avis. L’altercation dura cinq bonnes minutes. Finalement devant les vociférations des mâles dominants de la horde, la jeune loueuse battit en retraite. Tout près de moi, les nouveaux venus sortirent de leurs sacs des récipients en plastique pleins de nourriture et un pack de bières pour ces messieurs. Ce pique-nique sonore me rendit inaudible les paisibles rumeurs de la mer. Une petite fille à nattes, très mignonne, vint m’observer en mastiquant une boulette de riz avec un regard interloqué et vaguement inquiet comme si elle découvrait un homme de Neandertal rescapé du paléolithique. Son frère pour faire le malin sauta devant ma chaise avec l’air de dire : « même pas peur ! ». Quand Marion revint, nous leur abandonnâmes nos places et allâmes nous asseoir à la terrasse d’un café tout proche. Cette fois les rôles étaient inversés. C’est nous qui les contemplions. Ils venaient de Phnom-Penh. C’était probablement un échantillon de la nouvelle classe moyenne khmère qui n’a pas encore eu le temps de s’affiner, mais qui sait déjà s’affirmer avec véhémence. Rien à voir avec celle de naguère, en partie détruite par les Khmers rouges, et dont il ne reste que de rares et précieux spécimens. Néanmoins, dans une, peut-être deux générations, une nouvelle élite s’affirmera qui sera capable de parler le chinois, l’anglais, et peut-être le russe. Quant à notre douce langue que pratiquent encore les survivants du lycée Descartes, elle sera tombée en désuétude et considérée, à l’instar de notre jugement sur le grec et le latin, comme une langue morte.

Aujourd’hui nous sommes allés à Kampot charmante bourgade coloniale bâtie au bord d’une rivière. L’agglomération n’a pas beaucoup changé et elle m’apparut telle qu’elle s’était jadis gravée dans ma mémoire. Les cyclopousses y sont adorables, les commerçants prévenants. Nous avons fait quelques emplettes et surtout nous nous sommes approvisionnés en poivre. Je n’ose dire qu’il est meilleur que celui du Cameroun. Je n’ai pas envie de me brouiller avec notre chère Dorothée, mais bon sang qu’il est bon ! Viva !

A l’ombre des frangipaniers.A l’ombre des frangipaniers.
A l’ombre des frangipaniers.A l’ombre des frangipaniers.
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :