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Un mystère à Bangkok.

Je suis en train de lire « l’Anarchiste » du Khmer Soth Polin. C’est une belle écriture, sans fioriture, sans chichi sur l’avant et l’après Khmers rouges. J’en suis encore à la partie d’avant et vit les monomanies d’un jeune enseignant cherchant vainement à tuer son obsession de la mort par l’amour, l’amour mécanique celui qui se pratique avec les péripatéticiennes. Il ne voit dans cet acte qu’une pâle et vaine tentative de survie lui rappelant encore plus l’inéluctable fin. Pas très sympa ce personnage qui, par pulsion, manque d’étrangler sa pauvre partenaire d’un instant et qui plus tard, toujours mû par cet irrésistible instinct de détruire, botte les fesses décharnées d’une vieille Vietnamienne, faisant tomber le chargement de bananes qu’elle porte sur sa tête. On sent là le désenchantement d’une jeunesse qui, faute d’idéal, sombre dans le cynisme et laisse libre cours à son instinct primal. On est à l’époque du Sangkum et du « papa prince » qui ne stimule pas ces jeunes hommes en manque d’adultat. On verrait bien notre héros se muer en sérial killer mais on sent que les évènements douloureux que va vivre le Cambodge vont l’abonnir. Je vais voir… J’aimerais bien que le maudit torticolis qui enserre le haut de mes épaules dans ses pinces de crabe évolue aussi vers plus de compassion, mais c’est tenace un crabe, tenace et obtus.

Hier nous avons fait une incursion vers la Khao san road où abondent les restaurants de malbouffe et les bars diffusant des musiques de mauvais disco assourdissantes. Je vous ai parlé des touristes issus des ex-tyrannies communistes (stalinienne et maoïste) mais que dire de ces hordes d’Occidentaux qui s’agglutinent dans ce secteur de Bangkok, de ces filles à moitiés à poil, tatouées de toutes parts, de ces garçons également tatoués, arborant leurs torses nus et leurs gueules mal rasées en ayant l’air de se prendre pour Léonardo di Caprio dans « gang of New-York » ? Que dire de ces quinqua, voire sexagénaires qui exhibent sans la moindre pudeur leur bedaine pleine de bière pour lui faire prendre l’air, et de leurs épouses sans complexe qui, en très petit short, offrent à la vue du public leurs cuisses roses et dodues comme des jambons de Parme ? Cette foule de Blancs a quelque chose d’obscène. Naturellement l’effet peut être contaminant sur les jeunes Thaïs qui vivent dans sa proximité et profitent de sa présence mais ailleurs dans la ville, mis à part « Pat-Pong » le Pigalle local, les habitants de Bangkok ont de la tenue et le regard qu’ils portent sur les rebuts de notre civilisation, séjournant dans les quartiers criards, en disent long sur les sentiments qu’ils leur inspirent. Quand on est pris dans cette cohue indécente on n’a qu’une envie, c’est d’en sortir au plus vite afin de ne pas être confondu avec elle. Il est des lieux plus discrets où nos semblables affichent de la réserve et du tact.

Un mystère à Bangkok.Un mystère à Bangkok.Un mystère à Bangkok.

Personnellement, j’adore me mêler à la foule thaïe dans les bateaux bus de la Chao Praya, les rues animées de Silom ou le métro, mais ciel, qu’il est difficile de dégoter dans cette mégapole où les tours poussent comme des champignons, de petits coins vraiment sympas, loin du bruits et de la fureur. Il y en a pourtant, tel celui où se trouve la maison du mystérieux Jim Thomson, un agent probablement double, officiellement de l’OSS, ancêtre de la CIA, venu s’installer à Bangkok pendant la guerre du pacifique pour espionner les réseaux japonais. Il avait un gout exquis comme l’atteste sa magnifique demeure en bois de teck (transformée en musée) conçue dans la pure tradition du pays. Il se trouva une couverture tout à fait édifiante : réhabiliter l’industrie de la soie en perdition, dans la pure tradition siamoise. Ce fut un succès. Aujourd’hui les productions portant sa signature sont connues dans le monde entier. Sa firme dispose de l’un des plus beaux magasins de la ville et en ouvre dans toutes les grandes capitales du monde. L’homme, lui, a disparu très énigmatiquement à 61 ans en Malaisie le dimanche 26 mars 1967. J’ai visité, il y a de cela quatre ans, l’endroit où il s’est comme évaporé et qui a donné naissance à toutes les spéculations y compris les plus fantaisistes. Paradoxalement, c’est par son œuvre qui n’était au départ qu’une activité de façade pour masquer ses secrètes occupations, qu’il a connu la postérité. Vivaaaa !

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Un mystère à Bangkok.
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