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Hier, nous sommes allés badauder dans le bâtiment révolutionnaire de la fondation Louis Vuitton qui, de loin, s’offrait à notre regard comme un vaisseau flottant au milieu d’arbres au feuillage ocré par l’automne. A deux pas du bon vieux jardin d’acclimatation, ses voiles déployées réverbéraient le soleil de novembre. Une longue file de visiteurs s’étirait devant les portes d’accès. Nous n’en fûmes pas étonnés et prîmes notre place dans la queue pour accéder à un événement pictural exceptionnel : l’accueil en ce lieu futuriste de la collection Chtchoukine. Je ne vais pas m’attarder à vous décrire mon émotion devant les Degas, Monet, Manet, Gauguin, Matisse, Cézanne, le douanier Rousseau, Puvis de Chavannes, Sisley, Pissarro, Derain, Courbet, Van Gogh, Picasso, et j’en passe qui ornaient les murs des 14 salles dévolues à cette exposition. Celle-ci comprenait également des modernistes russes de la fin du 19ème et du début du 20ème siècle très influencés pas les impressionnistes, le cubisme et plus généralement par ce que les artistes moscovites appelaient l’école de Paris ou l’école française. Elle exerçait sur eux une fascination nettement plus déterminante dans leurs choix que les instituts des beaux arts de leur propre pays.   

Sergueï Chtchoukine était un industriel « vieux croyant », disons pour être plus précis un adepte des anciennes liturgies de l’Eglise orthodoxe. Dans le but d’orner le vaste palais Troubetskoï qu’il avait acheté en 1882 afin d’en faire son hôtel particulier, il fréquenta les galeries parisiennes et les marchands de tableaux les plus réputés d’Europe, se prit au jeu de cette quête, et devint peu à peu lui-même un collectionneur avisé et visionnaire, sachant percevoir dans les œuvres les plus avant-gardistes, encore méconnues, qui choquaient l’œil des bourgeois conformistes, celles qui atteindraient la consécration. Il se passionna pour Matisse auquel il confia la décoration d’une partie de sa somptueuse demeure et bien sûr pour Picasso dont il n’appréciait pas vraiment la démarche de déstructuration des formes. Néanmoins son intuition lui faisait dire « C’est sans doute moi qui ai tort et lui qui a raison ». La révolution d’Octobre mit un terme définitif aux engouements de ce collectionneur éclairé qui, fuyant la Russie bolchevique, laissa derrière lui la passion, que dis-je, l’œuvre de toute une vie. Par bonheur la plupart des toiles qu’il avait acquises se retrouvèrent dans des musées, principalement au musée Pouchkine de Moscou ou à l’Ermitage de Saint-Pétersbourg. Refugié d’abord en Allemagne puis en France, Sergueï Chtchoukine s’éloigna définitivement du milieu de l’art. Il ne répondit même pas à Matisse qui l’invita à venir le voir et qui avait pourtant été à ses yeux le plus fulgurant des peintres des belles années. En 1936, il s’éteignit dans un total anonymat.

Quand je vous disais il y a quelques jours que j’aimais les Russes et la Russie, je parlais bien sûr de tous ces vieux liens culturels qui nous unissent et perdurent malgré la politique à court terme de nos dirigeants actuels qui sont tous à « l’Ouest » au sens propre comme au sens figuré, peut être par méconnaissance de l’histoire ou par pusillanimité. J’aime, moi, que le vent d’est vienne de temps en temps nous rafraichir la mémoire. La collection Chtchoukine à la fondation Louis Vuitton m’a propulsé dans un monde enchanté que les embouteillages, les autoroutes, les sens giratoires, les échangeurs et le béton n’avaient par encore enlaidi. Vivaaaaa !  

 

 

Du rêve plein les voilesDu rêve plein les voilesDu rêve plein les voiles
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