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Aujourd’hui, las des logomachies politiques, des discours creux qui encombrent nos radios et nos chaines de télévision, j’ai relu « Rouges Rivière », ce qui m’a donné envie de vous parler de son auteur, un homme que beaucoup d’entre vous ne connaissent pas, ou connaissent mal. Parrain d’un salon du livre savoyard «Livre en fête » à Brison-Saint-Innocent, près d’Aix-les-Bains, j’ai proposé à ses organisateurs, mes amis François Guerraz et Patrick Liaudet, de le recevoir en tant qu’invité d’honneur en 2012.

Il nous fit alors une brillante conférence sur l’Acadie, cette terre promise de la Nouvelle-France pour les milliers de colons français qui s’y installèrent au 16 et 17ème siècle. Conquise par les Anglais en 1713 elle devint alors un terre de souffrance pour ses premiers défricheurs. Chassés de leur sol, ils furent massivement déportés vers la Louisiane, l’Angleterre et la France dans des conditions inhumaines. Un grand nombre d’entre eux moururent de faim et de froid. Certains s’enfuirent dans les forêts du Nouveau-Brunswick et de l’Acadie, renommée par les vainqueurs « Nouvelle Ecosse ».

Les descendants de ceux qui ont survécu à cette tragédie, très actifs aujourd’hui dans ces deux régions du Canada, appellent cette sombre époque le « Grand Dérangement ».

L’écrivain orateur qui nous parlait avec fougue de ce peuple martyr mais vaillant, longtemps oublié, aujourd’hui renaissant, s’appelle Alain Dubos, docteur Alain Dubos car non seulement il écrit, mais il soigne. Médecin pédiatre, il fut vice-président de Médecins sans Frontières. C’est à cette époque que je l’ai connu, dans des missions humanitaires sur le terrain, en Iran, au Liban, etc. Nous nous retrouvions sur presque tous les points chauds, lui pour porter secours aux blessés, moi faire mon métier de reporter de guerre. Puis, comme cela arrive souvent, nous nous sommes perdus de vue et une décennie plus tard quand je le rencontrai par hasard dans une rue du Marais, il avait ouvert un cabinet de consultation mais le soir le docteur cédait la place au conteur, sa seconde passion, et il veillait très tard pour pouvoir assouvir sa soif d’écrire. Sa famille étant originaire des Landes, il nous pondit de beaux romans de terroir comme « La mémoire du vent », « Les seigneurs de la haute lande », « La sève et la cendre », « La corne de Dieu » « La palombe noire », etc. Néanmoins, plus encore que sa généreuse région du Sud Ouest, c’est le grand large qui l’attire et durant ses congés, il part explorer la Louisiane, les régions francophones du Canada dont celle que l’on prénomme d’ailleurs « La belle Province », le Québec. Là encore, il tire de ses voyages des romans passionnant aux titres évocateurs : « Les amants du Saint-Laurent », « Acadie, terre promise », « La baie des maudits »  « La plantation de Bois-joli », « Les tribus du roi », « Retour en Acadie » « Rouges rivières » etc. Je les ai tous dévorés avec une curiosité gourmande. Ils m’ont fait aimer, voire admirer ces gens aux lointaines origines françaises qui se sont enracinés sur les vastes terres d’Amérique du Nord, en se mélangeant parfois avec des tribus indiennes locales, créant des peuples métis, attaché à notre langue commune, jusqu’à en mourir, à l’image de Louis Riel, fondateur de la province du Manitoba. Il fut condamné à mort et pendu par le gouvernement fédéral pour avoir pris la tête d’une révolte métisse le long de la rivière Saskatchewan, dans le but de s’opposer à l’installation massive de colons britanniques. Oui, la francophonie canadienne n’a pu exister qu’au prix de cruelles batailles et d’une résistance culturelle encore très forte de nos jours. Malgré les humiliations subies, les Acadiens ont réussi à se faire respecter et par une créativité exceptionnelle dans le roman et la poésie, à faire vivre leur « parler français » qui a conservé l’accent de nos vieux terroirs.

Alain Dubos qui est vice président de l’association France-Acadie m’a convaincu de rallier le jury du prix littéraire qu’elle décerne chaque année à un auteur acadien, sélectionné parmi des dizaines de candidats. Le lauréat ou la lauréate fait ensuite une tournée dans nos régions françaises qui contribue au renom de son ouvrage et bien sûr de la culture acadienne. Eh oui, Alain Dubos a l’art de communiquer ses enthousiasmes à ses amis. Grâce à lui, je me sens un peu Acadien, un peu Louis Riel. En revanche, qu’on me pardonne mon chauvinisme. Je préfère ma Savoie à ses Landes, pourtant riches de personnages hauts en couleur, à son image !

JB  

 

Alain Dubos : un auteur sans frontières.Alain Dubos : un auteur sans frontières.
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