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Une sentinelle qui défie le temps.
 
Bonjour cigales frigorifiées et fourmis besogneuses. Un ami m'a demandé de rédiger une préface pour son livre - qui sera publié très bientôt - sur un berger qui fait paître ses moutons en Savoie dans la vallée d'abondance, le royaume de nos belles vaches laitières. La voici en avant première. Ensuite quand l'ouvrage intitulé "Dessine-moi un mouton" paraitra aux éditions savoyardes " La Fontaine de Siloé" pourquoi ne pas vous laisser tenter?
 
Une sentinelle qui défie le temps.
 
Aujourd’hui on aurait tort de croire que l’image fixe est devenue obsolète, un art du passé. Dans un monde qui bouge de plus en plus vite, il est, c’est vrai, des gens qui semblent bouder la photographie, la trouvant dépassée, hors course, comme si, en se figeant, l’image se serait extraite de cette agitation frénétique qui ne permet pas la moindre pause. Idem pour la chose écrite. Le texte, qui réclame une certaine concentration, un retrait du bruit et de la fureur ambiante, pour pouvoir permettre aux mots d’exister et d’assumer pleinement leur vocation première, est de plus en plus boudé. Faire par le livre cheminer sa pensée dans toutes les directions possibles - pays inconnus, mondes ignorés, microcosmes insoupçonnés - est presque devenue un luxe. Il est tellement plus facile d’écouter la radio, de regarder un film ou une émission de télévision que de faire l’effort de lire…
Jadis le peintre remplissait la fonction du photographe. Néanmoins, l’avènement de la photographie n’a pas tué la peinture, bien au contraire, il l’a faite évoluer et prospérer vers des formes nouvelles. De même l’avènement du cinéma, puis de la télévision, n’a pas tué la photo mais a affiné son rôle. Dans une époque gavée de films, d’émissions diverses, de fictions, de vidéos que diffuse en permanence le petit écran ou internet, notre mémoire, saturée par ces flux quotidiens, les absorbe sur l’heure et les oublie dans l’instant. D’où l’utilité des arrêts sur image pour prendre le temps de respirer, de contempler, de réfléchir, voire de rêver.
Ne croyez pas que l’écriture fut jadis inventée par les aèdes de l’antiquité, hélas non! Ce sont les gérants des magasins royaux dans les cités-états de Mésopotamie qui, les premiers, dans notre univers méditerranéen, ont eu l’idée d’avoir recours à des signes, pour pouvoir comptabiliser les réserves de grains, les stocks de fromages, les arrivages de bétail destinés à la boucherie. Les chiffres avant les lettres. Le calcul avant la poésie. C’est encore ça de nos jours. Oui, mais les chiffres seuls n’étaient pas assez explicites. D’où provenaient les différentes récoltes, les laitages, les viandes, de quels champs, de quels troupeaux, de quelles communautés? Il fallut trouver d’autres signes pour les situer et ces signes là étaient des mots. L’écriture cunéiforme venait de naître. Alors, très vite, les conteurs, chroniqueurs, les poètes s’en emparèrent et l’oralité des anciens put enfin être traduite sur des plaquettes d’argile. Dès la fin du troisième millénaire avant JC furent publiés les bribes d'un vieux récit sumérien qu’on intitula « Le voyage de Gilgamesh » un roi de la cité-état d’Uruk qui plus de 2000 ans avant la bible aurait vécu une épopée rappelant étrangement celle de « l’arche de Noé».
Pourquoi cette digression qui nous a passablement éloignés, du moins en apparence, de Jean-Marie Tupin, le héros de ce livre, du troupeau de brebis qu’il conduit dans la vallée d’Abondance, son lieu de pacage au cœur de notre chère Savoie ? Tout simplement pour rappeler l’intemporalité et l’intérêt d’un ouvrage comme celui-ci. Avec les moyens les plus merveilleux que l’homme se soit procurés, l’écriture et la photographie, « Dessine moi un mouton » nous fait partager l’errance lumineuse d’un personnage qui pratique par passion l’un des plus vieux métiers du monde, et, aujourd'hui où l’on prend de moins en moins le temps de souffler, ciel, qu’il est bon de s’attarder sur les alpages, dans le sillage de ces moutons qui, comme une nuée blanche, semblent flotter au son des clarines sur les pentes en fleurs, croisant, ici ou là, des compagnies de vaches aux mamelles prospères. Et puisque c’est du « Petit Prince » qu’est tiré le titre de ce livre, permettez-moi de citer une autre phrase de Saint Exupéry pour conclure cette préface : « Le simple berger, s’il prend conscience de son rôle, se découvre plus qu’un berger. Il est une sentinelle »

 

Une sentinelle qui défie le tempsUne sentinelle qui défie le tempsUne sentinelle qui défie le temps
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