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Avant hier soir, c’est à dire la veille de notre retour à Paris nous avons parcouru les étroites, très étroites, venelles d’« Anafiotika », qui évoquent un petit village insulaire coincé entre l’Acropole en haut et Plaka juste au dessous. Il fut construit au milieu du 19ème siècle, une fois les Ottomans chassés d’une grande partie du pays. Des maçons venus de l’île d’Anafi, dans la mer Egée, réputés pour la qualité de leur travail, furent appelés à Athènes afin d'édifier un palais pour Othon, prince de Bavière, promu roi de Grèce par les Grandes Puissances d’alors (Royaume-Uni, Russie et France). A l’idée d’avoir à vivre dans cette ville, loin de leur village natal, des années durant, ces artisans furent pris de nostalgie et voulurent retourner chez eux. Pour les retenir, les autorités leur permirent de reconstituer le lieu de vie qu’ils avaient quitté à l’identique et c’est ainsi qu’est né cet îlot si insolite à deux pas du Parthénon. Malheureusement les tagueurs qui font des ravages dans les vieux quartiers de la capitale ne l’ont pas épargné et se plaisent à enlaidir de leurs bariolages insanes les murs jadis immaculés des émouvantes masures des Anafiotika.

A chaque fois que nous séjournons à Athènes nous ne manquons pas d’emprunter cet itinéraire qui relie par de multiples méandres le quartier de l’Acropole à Monastiraki où se dressent les colonnes de l’antique Agora. Hélas, nous ne sommes plus les rares à accomplir ce trajet. Les guides touristiques drainent désormais des hordes de curieux dans ce secteur longtemps ignoré et les habitants, même abrités sous leurs figuiers, leurs bignones en fleurs et leurs bougainvilliers, ne sont pas très heureux de subir une telle invasion qui peut parfois s’avérer bruyante et indiscrète.

Bref, avant hier soir donc, nous faisions une halte sur le point culminant d’Anafiotika qui offre une vue imprenable sur la ville et le mont Lycabette, quand un couple de Portugais demanda à deux jeunes passants de bien vouloir les photographier. S’ensuivit un sympathique échange en mauvais anglais.

-Vous êtes d’où ?

- De Lisbonne.

- Ah, Lisbonne, Portugal Verry good !

- Et vous ?

- D’Algérie.

- Ah, Algérie, beautiful country !

Les deux jeunes ressemblaient en effet à des Algériens et ne se privaient pas de glorifier la beauté de leur pays ce que je concevais parfaitement, étant moi-même convaincu que les paysages algériens sont d’une admirable et rare diversité.

Sauf que… Oui sauf que lorsqu’il se séparèrent de leurs interlocuteurs portugais, j’eu envie de les saluer, d’échanger avec eux quelques mots et de savoir – curiosité professionnelle – de quelle ville ils étaient originaires. Le premier, qui portait des lunettes à verre épais me répondit :

- D’Alger.

- Ah Alger, m’extasiai-je. La Darse de l’Amirauté, oui la Jetée Khair  Ed-Din…

Il me regarda en roulant des yeux en bille de loto sans savoir quoi me répondre. Je me tournais donc vers son copain.

- Et vous d’où êtes vous ?

Je vis qu’il cherchait désespérément une réponse.

Le premier vola à son secours.

- Lui, il n’est pas d’Alger ?

- Il est d’où alors ?

Après quelques secondes d’hésitation le second s’écria :

- De Biskra ! Je suis de Biskra.

Ah, m’exaltai-je de nouveau, Biskra, les gorges d’El-Kantara...

Bref, voyant que je connaissais très bien le pays auquel ils prétendaient tous deux appartenir, le myope finit par lâcher :

- Mais on est né en France.

Et l’autre d’ajouter :

- On est des Beurs !

Et le premier de reprendre :

- L’Algérie, c’est comme la France…

Sur un au revoir gêné, il nous tournèrent le dos et dévalèrent la pente en direction de Monastiraki.

Un sentiment de malaise nous envahis. Nous venions d’avoir l’exemple cruel d’une intégration ratée.

J’aurais aimé leur dire à ces deux jeunes non, si belle soit-elle, l’Algérie n’est pas la France. L’Algérie à laquelle vous semblez si fiers d’appartenir n’a rien d’une démocratie. C’est une ploutocratie militaire qui maintient son peuple dans la misère physique et morale et qui ne tolère aucune opposition. De toute évidence ils n’avaient pas envie de l’entendre.

 

JB

        

 

 

 

 

Troublante rencontre à AnafiotikaTroublante rencontre à AnafiotikaTroublante rencontre à Anafiotika
Troublante rencontre à AnafiotikaTroublante rencontre à Anafiotika

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