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Ce petit sonnet pas plus grand qu’une miniature moghole chapeaute une vision dantesque du monde d’hier et d’aujourd’hui. Cette légende des siècles cauchemardesque est fascinante. Après mon humble introduction, laissez vous emporter par la verve impétueuse et magique de Jean-Claude Perpère. Vous ne regretterez pas ce prodigieux voyage.

 

Un cauchemar réaliste

 

Lui dit ce que je pense avec des mots choisis

Qui, comme de grands crus, ont tous fort bien vieilli.

Et, tel un Michel-Ange œuvrant à la Sixtine,

Il conçut une fresque géante qui fascine,

 

Peuplée de sphinges voraces et de nymphes fourbes

Cachant dans leur vagin des dents de carnassiers.

Mais le pire survient quand il dépeint la tourbe

Humaine d’aujourd’hui soumise aux financiers

 

Et aux grands prédateurs propulsés au pinacle.

Certains manipulés par de faux sermonneurs  

Commettent des tueries qu’ils érigent en spectacle.

 

D’autres se laissent avoir par des élus pervers

Qui jouent les matamores et attisent les peurs

Sur cette sphère bleue perdue dans l’univers…

 

JB

 

Allez, tous à bord. Larguez les amarres !  Attention, je vous préviens, ça va tanguer !

 

1

Du cauchemar à la réalité

Le Cauchemar des temps archaïques

 

Sur un fragile esquif je fuyais l’infortune,

La guerre, les malheurs et la perte d’amis.

Soudain le vent forcit, agité par Neptune,

Un instant doux zéphyr, il se mit en folie :

Hauts murs d’écume blême et de noirceur verdie,

Les vagues aussitôt devinrent monstrueuses,

Cherchant à m’engloutir dans leur ire furieuse.

Lors, d’un îlot sans nom retentirent des voix,

Des cris de femme en pleurs mêlés d’affreux abois.

Elles se turent soudain et la mer s’apaisa.

Au tumulte violent, tout soudain succéda

Un chant des plus divins, aux harmonies suaves

Qui eut ému le cœur des guerriers les plus braves.

Et cette mélopée, envoûtante et charmeuse,

M’implorait d’accoster à l’île mystérieuse.

Je compris que là m’attendait le trépas :

Les atroces Sirènes me voulaient pour repas.

Je n’avais point de cire à mettre en mes oreilles

Comme le fit jadis le Rusé sans pareil,

Ulysse, le héros qui revint à Ithaque

Après s’être joué de leur fatale attaque.

Leur nature féroce et leurs ruses horribles

Suscitèrent en mon âme une aversion terrible :

Je feignis de céder à la tentation

De ces fourbes appels à la délectation.

M’étant auparavant assuré de mon glaive

D’un puissant coup de rame j’abordai à la grève.

Les sphynges aussitôt se ruèrent sur moi

Elles dardaient les griffes de leurs monstrueux doigts.

Leurs babines écumant de bave méphitique

Montraient des crocs aigus, sanglants et horrifiques.

Ces êtres démoniaques étaient des créatures

À la fois femme et fauve et volucre et lémure,

Qu’un esprit infernal, par atroce malice

Aurait conçues au sein d’une abjecte matrice.

Sans nul doute elles croyaient, ces sombres créatures

Se repaître aisément de goûteuse pâture.

2

Quand l’une fut rendue à portée de mon fer,

Je la frappais au cou puis, vif comme l’éclair,

Je la décapitai d’une seule taillade

Et perçai la deuxième d’une ferme estocade.

J’en expédiai ainsi une bonne dizaine,

Leurs corps agonisants se convulsaient de haine.

Deux m’affrontaient encore qui, l’oeil effaré,

Tout à coup reculèrent. Elles étaient égarées :

Jamais aucun mortel n’avait pu se soustraire

À leur voracité et leurs mœurs meurtrières.

J’attendais de pied ferme une attaque perfide

De ces deux derniers monstres au remugle fétide

Qui, à quelque distance, semblaient se concerter

En un étrange idiome plein de rugosités,

D’atroces gargouillis et d’affreux hurlements

Et qui eut confondu le meilleur truchement.

Puis, sans crier gare, les deux catoblépas

Sur les corps de leurs sœurs envoyées au trépas

Se jetèrent. Leurs serres de vautour lacéraient

Les cadavres. Leur gueule d’hyène fouaillaient

Dans les ventres où leurs crocs déchiraient les viscères,

Elles lapaient le sang noir qui imbibait la terre ;

Au fur et à mesure que l’infâme mangeaille

De cervelle, de muscles et immondes entrailles

Apaisait leur fringale, leurs traits s’humanisaient.

Sous mes yeux ébahis, vite elles se transformaient

En nymphes admirables au regard langoureux,

Au corps bien chantourné en reliefs délicieux :

La poitrine galbée et le pénil dodu,

Bas des reins rebondi, triangle bien fendu.

En un mot, un corps propre à affoler Satyre,

Pour lequel Jupiter eut donné son empire.

D’abord abasourdi par la métamorphose

Je sentis que mes sens, à la vue des corps roses,

S’échauffaient. Aussitôt pris d’une pulsion charnelle.

Je me précipitai, ardent, sur la plus belle.

Je la jetai à terre. Elle écarta ses cuisses

Pour m’offrir en riant son jardin des délices.

Ma prudence instinctive, sur cette vulve glabre

Me fit jeter un oeil: pointues comme des sabres

Des dents de carnassier s’agitaient, attendant

3

De dévorer la verge d’un imprudent amant

Enflammé de désir et pressé de jouir

D’une extase divine sans crainte d’en mourir.

Je fus horrifié par l’hybride nature

Du monstre répugnant aussi cruel qu’impur,

Et lui ouvris la gorge.

Profitant du ressac

J‘avironnai au loin de l’îlot démoniaque.

Souquant comme forçat puis mettant à la voile.

Je crus voir dans la nuit briller ma bonne étoile

Quand l’îlot maléfique eut bientôt disparu

Estompé par la brume de l’horizon perdu.

Je m’éveillai soudain : cette affreuse aventure

Etait un rêve dû à l’infecte mixture

D’alcools forts frelatés. C’était donc dans le chasme

De mon esprit troublé qu’étaient nés ces fantasmes.

 

Le vœu du Sage antique

 

Je méditai alors sur leur sauvagerie.

Comment donc mon esprit plongé en léthargie

Avait-il pu créer ces êtres d’épouvante

Dont je redoute encore l’évocation démente ?

Je fis la conclusion que nos vieilles croyances

Se gravent en nos esprits dès la plus tendre enfance.

Elles créent en nos âmes des univers factices

Peuplés de déités enclines aux caprices,

De mondes irréels où Cerbère et Méduse

Concurrencent en horreur les Harpies et Empuses.

Pourquoi devrait-on croire à toutes ces sornettes ?

L’homme doit s’extirper ces fables de la tête,

Tout à fois chasser les tyrans de leur trône

Et des faux dieux briser les statues et icônes.

Enfin bannir des temples leurs prêtres et servants

Pour qu’ils n’abusent plus leurs crédules suivants.

Ils sont pourtant utiles ces dieux là et leur mode !

Ils fournissent aux méchants une excuse commode :

On peut fort aisément s’absoudre de son fiel

En prenant pour modèles les résidents du Ciel.

Perfidie, jalousie, avidité, rancune,

Convoitise des corps et désir de fortune,

4

Il suffit d’imputer aux dieux et aux chimères,

L’incitation aux vices, au meurtre et à la guerre.

Voyons agir les dieux tels que nous les décrivent

Les inventeurs de mythes, gent imaginative:

Ivres de leur nectar et repus d’ambroisie

Les dieux sans un remords jonglent avec les vies :

Allumant des espoirs, mimant la providence,

Puis noyant les cœurs purs dans la désespérance.

Ils défont un amour, détruisent une terre

Lancent comme des pions les hommes dans la guerre.

Sur l’échiquier des temps ils font de vrais carnages :

La peste par ici et par là des ravages,

Maëlstrom de malheurs tuant petits et grands

Convulsions de la terre, anéantissements.

Ils se rient de l’effroi, des pleurs, du sang des êtres,

Des uns agonisant, d’autres encore à naître

Voués à la satisfaction de leurs plaisirs futurs

Victimes innocentes de leur caprice obscur.

Nos princes et nos rois font un cynique usage

De ces fables absurdes. Se fondant sur l’adage

Qu’ils sont de sang divin, ils s’accordent les droits

Que l’on concède aux dieux et sans honte ils s’emploient

A plagier les coutumes de leurs célestes pères

Despotiques, cruels, fantasques et arbitraires

Peut-être un jour viendra un messie, un prophète

Dont le verbe puissant comme l’est la tempête

Ébranlera les cieux, renversera ces dieux

Qui n’existent là-haut que parce qu’on croit en eux.

Il nettoiera aussi l’enfer de tous ses diables

Avatars de ces dieux et de même effroyables.

Alors serein, l’humain sortira de sa nuit,

Des ténèbres d’aigreur et de mélancolie.

Sera venu le temps de soulager les âmes

Et faire de l’amour l’universel dictame.

5

 A suivre

 

Un cauchemar réaliste
Un cauchemar réaliste
Un cauchemar réaliste
Un cauchemar réaliste
Un cauchemar réaliste

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