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Hier au père Lachaise j’ai assisté aux funérailles d’un vieil ami que j’ai connu une année avant qu’il ne perde sa première épouse, une jeune femme menue, ravissante, intelligente, spirituelle, qu’il aima tant et qui mourut d’anorexie sans qu’il puisse faire quoi que se soit pour enrayer le processus autodestructeur de ce mal de l’âme. C’est à cette époque, dans les années 70, que nous nous sommes rapprochés. Il travaillait chez Grasset comme VRP. Son boulot consistait à visiter les libraires de la capitale et à leur donner envie de commander les livres de sa maison d’édition. C’était un très bon démarcheur, passionnant quand il parlait des ouvrages qu’il aimait car il ne se contentait pas de la quatrième de couverture pour argumenter. Il lisait tous les bouquins, en entier, de A jusqu’à Z. C’était un personnage attendrissant, rieur, aimant, délicat…     

 

Hommage  à Richard

 

Richard, des flots de souvenirs m’assaillent depuis que tu nous as quittés. Je suis sûr que de l’autre côté du grand passage tu nous attends, toi, le piéton parisien au pas sûr et rapide. Tu as pris une sacrée avance, une avance que je ne pourrais pas rattraper et, quand je déboucherai du sombre défilé, j’entendrai ta voix victorieuse me dire : j’ai gagné ! Levant alors la tête je te verrai assis sur ton étoile, tel que je t’ai connu lors de nos premières rencontres, jeune, joyeux, passionné, entouré de ceux que tu as aimés et qui sont partis avant toi, attendant, avec des bouffées d’impatience, les retardataires. 

La première fois que je t’ai vu, c’était chez nous, rue Taitbout notre premier appartement familial, où tu étais venu  avec Brigitte, Anne, et d’autres amis. D’emblée tu sus nous séduire par ta jovialité, ton humour et surtout cet art de conteur qui savait faire partager ses passions et ses engouements pour un écrivain, un chanteur, un musicien ou un compositeur. Jamais en dehors de toi je n’ai connu quelqu’un capable de donner autant l’envie d’acheter un bouquin, un disque ou d’aller voir un film dont tu avais fait l’éloge. De même nous mettions à l’index les œuvres qui t’avaient déçu, ta sévérité en ce domaine étant tout aussi convaincante que tes enthousiasmes.

La disparition dramatique de Brigitte laissa dans ton cœur une plaie douloureuse mais par bonheur tu te rapprochas de Christine. Avec discrétion, humilité et amour elle sut apaiser ton deuil et redonner un sens à ta vie. Alors vint le temps des joyeuses folies rue Taitbout. Te souviens-tu Richard de cette soirée avec le peintre Russe, Ivanov, notre voisin, et nos amis Anne-Marie et Xavier qui, fascinés par les manifestations paranormales, voulurent fracasser le plancher de notre salon parce qu’avec un fil de pèche invisible, nous avions tous deux fait bouger le guéridon qui servait à leurs invocations, à l’endroit où ils pensaient trouver un trésor ?  

Puis il y eut mon inoubliable passage rue du Cherche-Midi où tu vivais alors avec Christine. Trop accaparé par les enfants je ne parvenais pas à finir mon roman sur les Palestiniens. Tu réussis à me convaincre de venir écrire chez vous, où dans la journée je serais seul, sans la moindre tentation extérieure, puisque vous partiez tous deux au travail tôt le matin et ne rentriez que le soir. Ce fut vrai et je vins à bout de cet ouvrage, mais quand, en fin de journée vous étiez là, que de prévenance à mon égard. Tu te mettais à la cuisine, préparais de savoureux diners et débouchais un château Gaby élevé dans les chais de ton oncle, chez qui, enfant, avec ta sœur et tes frères tu passais de joyeuses vacances sur lesquelles tu étais intarissable. Ce haut Fronsac avait une histoire de famille. Contée par toi, elle se muait en épopée et le nectar n’en avait que plus de saveur.

Ensuite, on écoutait l’Américain Tony Joe White que comme tout ce que tu aimais tu sus me faire apprécier et moi, qui à l’époque ne jurais que par la musique classique, dont tu étais aussi très friand, je m’ouvris grâce à toi au rock et au blues. Tu avais une force de vie inouïe et pour lutter contre le chagrin qui te submergeait parfois, tu trouvais des antidotes radicaux.

Un soir de grand spleen, nous avons recouru au streaking qui était alors à la mode! Nus comme des vers, la tête dissimulée par un masque caricatural, nous fîmes en courant le tour du pâté de maison. Bifurquant boulevard Raspail dans la rue de Sèvres, nous revînmes par la rue Saint Placide rue du Cherche-Midi où sur le trottoir, Christine affolée nous attendait. Ouf ! Nous l’avions fait ! Ce défi insensé chassa nos idées noires qui cédèrent la place à un fou rire mémorable.  

Nos activités terrestres nous ont peu à peu éloignés, mais pas au point de nous faire oublier ces moments si précieux que nous avons partagés à un tournant de nos existences. Avec toi, c’est un pan crucial de ma vie, dont tu fus l’irremplaçable ami et partenaire, qui s’en va.

Souviens-toi des soirs d’été à la Tuilerie, près de la Montagne Noire, quand on contemplait les myriades d’étoiles avec l’espoir insensé de voir surgir un ovni qui serait venu nous chercher pour nous faire traverser les galaxies et découvrir de nouveaux mondes. Je vais désormais en regardant le ciel me convaincre, comme le petit prince, qu’il y a bien, dans cette immensité céleste, un lieu où scintillent des étoiles qui s’aiment et qui savent rire car c’est là que je te retrouverai, quand viendra mon heure.

 

JB      

 

Un ami s’en est allé…Un ami s’en est allé…Un ami s’en est allé…
Un ami s’en est allé…Un ami s’en est allé…
Un ami s’en est allé…Un ami s’en est allé…
Un ami s’en est allé…Un ami s’en est allé…Un ami s’en est allé…
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