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Adieu l’ami…

 

Quand j’étais plus jeune, beaucoup plus jeune, une petite quarantaine à peine, nous avions acquis, la maman de mes enfants et moi, une tuilerie en ruine perdue au cœur des bois, au pied de la Montagne noire, entre Castelnaudary et Revel, pour y passer nos vacances. On nous avait recommandé un apprenti maçon du coin qui avait dix-huit ans et qui était déjà un fervent militant de la cause occitane. Pendant la durée des travaux il habita avec nous et cette cohabitation fut le début d’une longue et indéfectible amitié. Il vécut avec sa femme et ses trois enfants à Mezerville un ravissant hameau de l’Aude, au cœur de la Piège, dans un décor de collines, de bosquets et de landes, souvent battu par les vents, qui sépare l’Aude de l’Ariège. Je dis, il vécut, car hélas il vient de nous quitter prématurément. N’ayant pu me rendre à ses funérailles, c’est ma fille Renata qui a lu, là-bas, l’hommage que je lui ai dédié. Quand un ami très proche s’en va c’est un peu de nous qui s’en va avec lui mais c’est aussi beaucoup de lui qui demeure en nous. Le poème après l'indécente intrusion publicitaire.  

 

 

 

 

Robert tu es parti et j’ai mal dans mon cœur.

Je te revois tout jeune, persuasif et tenace

Louant l’Occitanie avec tant d’ardeur

Que tu m’entrainais dans tes raids plein d’audace.

 

Nous nous rendions de nuit à Castelnaudary

Pour peindre sur les murs de l’ancienne caserne

« Du travail, pas de légion ». « Volem vuivre al pais »,

Et des croix occitanes sur les grandes poternes.

 

Le matin, goguenards, nous allions observer

Les légionnaires qui effaçaient nos slogans

Et évitions bien sûr de trop les énerver,

Cette ingrate besogne les mettant fort à cran.

 

Puis, quelques nuits plus tard, on remettait ça

En ayant vérifié qu’il n’y avait aucun garde.

Et dès qu’apparaissaient les lueurs blafardes

De l’aube, on se sauvait en riant aux éclats.

 

J’avais la quarantaine, toi, seulement dix-huit ans

Quand tu fus le maçon de notre Tuilerie

Qui tombait en ruine et intuitivement

Tu sus garder son charme en lui redonnant vie.

 

Le grand maître artisan que tu vas devenir

Avait aussi des joies plus intellectuelles.

Une passion commune allait nous envahir

Celle de la lecture d’œuvres universelles.

 

Nous avions pour les Russes un penchant ostensible.

Nous adorions Gogol, Tolstoï et Pouchkine

Pas Cholokhov, bien sûr, mais, oui, son « Don paisible »

Tiré des manuscrits d’une saga clandestine

 

Ecrite, pense-t-on, dans un camp de Staline

Par un auteur victime du tyran géorgien.

Ah ce Don paisible, c’était notre morphine.

Même dans les toilettes, on lisait le bouquin !  

 

Nous restions là, assis sur la cuvette, happés

Par la cavalerie rouge et sa grande épopée

Dans les campagnes russes et la steppe infinie,

Nous prenant pour son chef, le vaillant Boudienny.

 

Chargez ! Mais dès que tu quittais les bras de Morphée

Ton sabre sous nos yeux se muait en truelle

Et après avoir, l’air pensif, pris ton café

Tu allais t’attaquer à nos vieux murs rebelles.  

 

Nous étions en famille avec mes enfants.

Pour eux tu étais un oncle qui chantait en parlant.

Parfois je te trouvais un peu trop sûr de toi

Comme si tu avais le même âge que moi.

 

Et ce n’était pas faux tu étais si précoce

Que ça te donnait l’air d’être un sale gosse

Contestant avec morgue l’adulte que j’étais

Lorsque nous divergions sur d’importants sujets.

 

Sans doute avais-je l’esprit d’un ado attardé

Et toi, très cher Robert, d’un adulte avant l’heure.

Ça nous a rapprochés et ainsi, par bonheur,

Une amitié est née qui fut sauvegardée.

  

Malgré l’éloignement imposé par nos vies,

Je t’entendais, te voyais, plus souvent que parfois.

Ta gouaille occitane et toutes nos folies

Sont comme des soleils qui rayonnent en moi.

 

JB

 

Les photos montrent l’endroit où s’est déroulée sa vie et où il s’est éteint.

 

La pub qui s'inscrit dans les textes est récente. Elle se fait contre ma volonté sans qu'on m'ait demandé mon avis. Ne la lisez surtout pas. C'est une intrusion.

Adieu l’ami…Adieu l’ami…
Adieu l’ami…Adieu l’ami…
Adieu l’ami…Adieu l’ami…
Adieu l’ami…Adieu l’ami…
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