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Aujourd’hui place à l’Aède Ariégeois Jean-Claude Perpère qui fait revivre pour nous avec une verve bien à lui, faites pour résonner sur les rocs de son Occitanie natale, avec le roucoulant  accent de là-bas, deux mots anciens incarnés par deux types de personnages. Et je vous préviens, cher Myrmidon, qu’à la fin de l’envoi, il touche.

 

 

Le hasard, un beau jour, se montra facétieux

Quand il mit en présence deux êtres artificieux

L’un du nom d’Ardélion, l’autre de Myrmidon,

Ce dernier bref de taille, hautain comme un dindon,

Le premier aussi long qu’il se révélait blèche.

Tous deux prêtant à rire tels de falots bobèches.

 

Ardélion était, comme son nom l’indique,

Un de ces intrigants flexueux impudiques.

Quant au nain Myrmidon, trop court pour être altier,

Il était le modèle du vaniteux grossier,

Celui-là bombant le torse et se haussant du col,

Celui-ci s’inclinant jusqu’à toucher le sol.

 

Et les voir deviser semblait une atellane3

Jouée par deux banquistes4 grimés en coq et âne.

Myrmidon péremptoire, sur un ton emphatique,

Arguait que la femme, d’essence diabolique,

Est un être pervers, dépensier et sournois,

N’ayant pour seul souci que poudrer son minois,

Et perdre entre ses cuisses l’âme de l’honnête homme

Et cela depuis qu’Eve avait croqué la pomme.

 

Ardélion, tout ouïe, en opinant du chef

Abondait dans la charge, ajoutant quelques griefs

Qu’on lui avait rapportés. Ces gotons et bourgeoises,

Marquises et princesses toujours cherchaient des noises

A leurs époux cocus ainsi qu’à leurs amants

Quoique ceux-ci fussent fort civils et charmants.

 

Alors vinrent à passer deux damoiselles fraîches.

Myrmidon, méprisant, les traita de pimbêches.

Et sans qu’il sût comment, avant même qu’il s’alarme

Fut soulevé de terre par un rugueux gendarme

Qui l’avisa que l’une était enfant du roi,

Et l’autre, sa cousine, de la Maison de Foix.

 

L’outrageant Myrmidon sans conteste méritait

D’être traduit pour crime de lèse-majesté.

Ardélion, obséquieux à l’égard du pandore

Comme devant un juge qu’on révère et honore,

Sans pudeur ni vergogne accabla le butor,

Rapportant ses diatribes et aggravant son tort.

 

 

Sa vanité stupide empêcha Myrmidon

De se mettre à genou et demander pardon.

Et il finit sa vie dans un cul de basse-fosse.

Plus tard on n’en trouva que quelques fragments d’os.

Quant à l’Ardélion, empressé flagorneur

Il fut homicidé par un homme d’honneur

Qu’il avait courtisé avant de le trahir

Pour se faire valoir auprès d’un haut messire.

 

Ainsi que le disait autrefois grand-papa :

Ne te prends surtout pas pour un que tu n’es pas,

Tous les lécheurs de cul sentent un jour le caca,

Et tous les fouille-merde risquent bien des tracas.

 

 Jean Claude Perpère

 

1 ARDÉLION, subst. Masc .Littér., fam. Homme qui fait l'empressé, se mêle de tout inopportunément

2 MIRMIDON, MYRMIDON, subst. masc. Littér. Personne de petite taille, insignifiante et sans valeur, voireprétentieuse, ridicule, et qui veut paraître supérieure.

3 ATELLANE, subst. fém.THÉATRE (romain). Petite pièce satirique, souvent licencieuse; p. ext. petite pièce bouffonne

4 BANQUISTE, subst. masc. A. Pop. Saltimbanque; forain. B.— Charlatan

 

Le funeste destin  d’Ardélion1 et Myrmidon
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