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Aujourd’hui, même chez lez habits verts, grands amateurs de tropes, siègent des réviseurs de mots. Avec fureur, de leur épée qui n’est pas faite pour servir sur les champs de bataille, ils taillent dans le vocabulaire de jadis et crée de nouveaux mots prétendus moins choquants que les anciens. On ne dit plus un sourd, on dit un mal entendant et on fait d’un aveugle un non voyant. Notre poète d’Occitanie Jean-Claude Perpère n’appartient pas  à cette catégorie de lettrés. Lui les mots, il les aime, les cajole, les fait roucouler dans sa bouche et ne leur porterait jamais préjudice. Plus ils sont anciens, plus il a de respect pour leur grand âge. Gare aux sabreurs qui cherchent à les repousser dans l’ombre poussiéreuse de l’académie pour mettre en pleine lumière d’affreux néologismes issus de leurs vieux crânes en mal de jeunisme. Le verbe vengeur du conteur les frappe avec panache.  

 

 

Les réviseurs

 

 

                       

 

« Jappelle un chat, un chat et Rollet un fripon »

 

Les pharisiens du verbe sans cesse nous assènent

Leurs préceptes spécieux en une morne antienne :

« Locuteurs, prenez garde, n’imitez point Boileau.

On vous tiendrait alors pour fâcheux ou falots

Et l’on vous couvrirait sans doute de crachats

Si, comme lui, disiez « Jappelle un chat, un chat ».

 

Expurgez, s’il vous plaît, votre rude parlure

Des vocables anciens qui ont trop dure allure :

« Aveugle », « sourd » ou « nain » nont plus cours aujourdhui

Non plus que « cul-de-jatte » ou encore « inverti ».

 

Veuillez vous résigner au nouveau dialecte,

Seul admissible car politiquement correct.

Sachez qu’il est des mots trop aigus et trop nets :

Il faut limer leurs angles, affiner leur silhouette

Et les éliminer s’ils résistent au rabot.

Edulcorons le dit pour qu’il soit bon et beau ! »

      

Messers les sermonneurs, zélateurs du sophisme,

J’incague vos litotes, conchie vos euphémismes.

Et tout autant je compisse cette charte abusive

Que vous préconisez d’écriture inclusive.

Gardez vos artifices et vos tartufferies

Pour les jobards donnant dans la sensiblerie.

 

Ma parole avant tout se veut claire et précise

Tour à tour âpre et douce (comme alise et cerise)

Aussi crue que cruelle, mais rocailleuse aussi,

Parfois mélodieuse selon ma fantaisie.    

Je ne renie nul mot que m’ont légué mes pères

 Et qui fut ennobli par Racine et Molière.

De même que Boileau fit de « Rollet un fripon »,

Je dis :  ces réviseurs sont cuistres et capons !

 

Jean-Claude Perpère 

 

 

La pub qui s'inscrit dans les textes est récente. Elle se fait contre ma volonté sans qu'on m'ait demandé mon avis. Ne la lisez surtout pas. C'est une intrusion.  

Les RéviseursLes Réviseurs
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