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Le mirage sanguinaire

Comme un vol de gerfauts hors du charnier natal…

( Après l'intrusion de la pub sur laquelle il ne faut pas cliquer)

 

 

 

 

Le mirage sanguinaire

 

Dès qu’ils eurent appris que la Terre était ronde,

Que la ligne d’horizon ne cachait pas d’abîme,

Qu’au-delà existait, peut-être, un nouveau monde

Ces  hommes furent tentés par des audaces maritimes 

 

Qui nourrissaient leurs sommeils de rêves merveilleux.

Des légendes couraient et enflaient crescendo.

Les mondes lointains abondaient de métaux précieux,

Alléguaient  les conteurs pour séduire les badauds.

 

On évoquait souvent les îles de Cipango (1 )

Que décrivait dans « Le devisement du monde »

Le célèbre marchand vénitien Marco polo

Qui était doté d’une inspiration féconde.

 

Selon lui cet archipel à peine entrevu,

Mais dont il avait entendu parler en Chine,

D’or et d’argent était si densément pourvu

Qu’on en sortait des tonnes chaque jour de ses mines.

 

Il n’en fallut pas plus à la concupiscence

Pour qu’elle vint obséder des soudards immodestes

Guettant à Palos les caravelles en partance

Vers cette lointaine Asie qu’ils situaient à l’ouest.

 

Ils n’étaient pas les seuls à  vouloir s’embarquer

Sur ces voiliers qui vogueraient vers l’aventure.

Sur les quais affluaient des silhouettes efflanquées :

Guidées par  des moines ombrageux en robe de bure.

 

Sans le savoir ils découvrirent un continent

Qui ne figurait pas sur les cartes d’alors.

Se croyant à Cipango, des reîtres consternants

Exigèrent, sur le champ, de mettre la main sur l’or.

 

Pauvres aborigènes soumis à la question

Pour qu’ils révèlent les lieux où se trouvaient leurs  mines

Par des tortionnaires aux terrifiantes trombines

Sous les prières de prêtres maniant le goupillon.

 

Cette invasion de « routiers et de capitaines »

N’avait rien d’héroïque et n’était que brutale.

Pour ces rapaces loin de leur « charnier natal »

Les Indiens n’étaient rien, sauf des proies qu’on malmène.

 

Une nouvelle légende évoquait El Dorado,

Née d’une confusion qui enflait crescendo.

Cette cité de l’or qui animait les tavernes  

N’était qu’une chimère brodée de balivernes.

 

El dorado, « le doré », n’était pas une ville

Mais le « Zipa» de Bogota, prince et prélat

A la fois, qui  aimait briller  d’un vif éclat

Sur le lac le plus proche, aux eaux claires et tranquilles.

 

Et donc durant ses rituelles ablutions

Sur une barque parée de  somptueux décors

Il apparaissait nu couvert de poudre d’or

Aux dévots éblouis chargés de donations.

 

Or le Zipa, à l’approche des Ibériques

Avait pris soin de mettre à l’abri son trésor

Et Quesada ainsi que ses conquistadors

Ignoraient qu’ils entraient dans la cité mythique.

 

Des années plus tard il revint  dans cette ville

Pour recruter  et entraîner un commando

D’archers, d’arquebusiers et de sabreurs habiles

Qui s’épuisèrent dans leur quête d’El Dorado.

 

D’autres, avides comme lui, feront la même erreur

Et s’égareront dans des jungles infernales,

Dévorés par les fièvres ou  saisis de terreur

Devant les danses atroces de tribus cannibales.

 

De toutes parts harcelés par les conquistadors

Qui les tuaient à la manière des matadors,

Des cultivateurs indiens de frayeur  transis

Finirent  par parler des mines de Potosi..

 

Les Espagnols se ruèrent « comme un vol de gerfauts »’

Vers les richesses cachées de cet  altiplano.

Dans des galeries, à quatre mille mètres d’altitude,

Les autochtones s’activaient  comme d’habitude.

 

Ils se croyaient loin du bruit et de la fureur

Sur ces hauteurs arides où  la verdure est rare

Or, au loin, ce matin là, telles des  solfatares,

De noires pulvérulences éveillèrent leur peur.

 

C’était des cavaliers lancés au grand galop

Dont les habits de fer scintillaient tout là-bas

Qui pointaient vers eux des sortes de javelots.

Ce fut pour ces mineurs un fulgurant trépas.

 

Alors, les spadassins de l’empereur Charles Quint

Eblouis par tout cet argent à fleur de cime

Et encore ruisselants du sang de leurs victimes

Tombèrent à genoux, prièrent avec entrain.

 

Ils entonnèrent un  pater noster glorieux

Orchestré par un aumônier dominicain,

Qui tenait lui aussi une épée à la main

Consacrée au service du jugement de Dieu.

 .

Le temps n’était pas encore à la conversion

Mais aux étripements et à la soumission,

Et pour extraire l’argent, il fallait y penser,

Les conquérants instaurèrent les travaux forcés. 

 

Ces « Encomiendas transformaient en zombies

Les chiourmes qui tombaient en creusant sans relâche,

Les fouets des gardiens les forçaient à la tâche  

Pour ne pas ralentir de l’argent le débit.

 

Poumons attaqués par des particules nocives

Yeux vitreux, teint blême, démarche titubante

Va et vient lancinant dans la  moiteur ambiante

Des galeries obscures. Aucune perspective,

 

Sauf la mort espérée comme une délivrance.

Des Indiens Huallpa tel était le calvaire

Dans ce haut plateau perdu de la cordillère

Tandis qu’en Europe les riches faisaient bombance.

 

L’argent de Potosi rendit l’Espagne prospère

Enrichit la noblesse des pays voisins,

Les banquiers et tous ceux qui brassaient des affaires,

Cela, en sacrifiant des millions d’êtres humains.

 

Alors à mes yeux c’est clair, « le mirage doré »

Qui enchantait le regard des  anciens conquérants

Sorti magistralement d’un sonnet inspiré

Brille d’un sombre éclat qui a la couleur du sang.

 

1)  les îles du Japon.

 

 

JB

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