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La Payse

Une vieille amie chambérienne vient de nous quitter comme une feuille d’automne emportée par le vent. (après l’indiscrète pub)

 

 

 

 

 

La Payse.

 

On connaissait son nom, sa voix grave et sonore,

Pas son visage dissimulé dans la pénombre

De l’église de Maché pleine de recoins sombres

Où sur la crèche seule brillait une étoile d’or

 

A chaque messe de Noël on venait de partout

Pour écouter Lombard chanter « Minuit chrétien »

Et ce chant de Noël, il le chantait si bien

Qu’on croyait voir le Christ descendre jusqu’à nous.

 

Puis un jour notre vieux faubourg  fut démoli

Pour en bâtir un neuf, c’était une folie

Mais les promoteurs s’en fichaient éperdument.

Ce qu’ils voulaient, c’était gagner beaucoup d’argent.

 

Les "Matiérauds"(1) vivant dans le Maché d’avant

Ont été dispersés, hélas, aux quatre vents.

C’est ainsi qu’on tua l’esprit de ce quartier

Et que Lombard lui même fut très vite oublié.

 

Quatre décennies plus tard, à Paris cette fois,

Parmi quelques amis j’entendis une voix

Qui avait un très léger parfum de Savoie

Emanant de voyelles héritées du patois.

 

« Vous êtes donc du pays » dis-je à cette dame

Qui me regarda un peu surprise et sourit :

« Ça fait plus de trente ans que j’habite à Paname

Mais j’ai gardé en moi un peu de Chambéry »

 

Elle avait fait partie d’une bande cohésive

Qui gravitait dans les lieux branchés de Paris

Où  œuvrait le meneur au prénom de Jean-Yves

Qui dans leur jeunesse avait été son mari.

 

Marion avait sa place dans cet aréopage

Qui se retrouvait à la tombée de la nuit

Pour vivre des heures insouciantes et volages

Et évacuer le stress, les angoisses ou l’ennui.

 

C’est par elle que j’ai bien connu cette payse

Une Marie-Thérèse qu’on surnommait Marité,

Crâne petite femme face à l’adversité

Maniant l’humour avec une certaine maitrise.

 

Chez elle nos épigastres ne portaient jamais plainte

Quand elle les régalait avec ses « diots-polente».

Et il fallait avoir le gosier en pente

Lorsqu’on était les hôtes de cette bonne vivante.

 

Quand elle lut « Madame l’étoile », livre sur mon enfance

Le nom de son père, soudain,  figea son regard.

Lors d’un diner qu’elle nous offrit, pour ça, je pense

Elle m’annonça qu’elle était la fille de Lombard.

 

J’éprouvais aussitôt une émotion intense

Et ma mémoire me restitua cette voix

Qui dans l’ombre nous faisait tous vibrer d’espérance.

Lombard avait des filles ! L'une était devant moi !  

 

Pourquoi étant petits, nous étions nous ratés ?

On aurait pu se voir, se croiser, se sourire.

Qu’importe ! On a vécu cette rencontre postdatée

Comme si le temps qui passe venait de s’abolir.

 

Jean-Yves s’en est allé, Marité l’a suivi.

Notre jeunesse s’envole au gré de ces trépas.

On sait que près de nous la mort marque le pas.

Qu’elle patiente un peu. Nous aimons tant la Vie !

 

Viva !  JB

1 Habitants de Maché

La Payse
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