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Des larmes d'or

 

 

Les tilleuls et les sycomores

 

Les tilleuls et les sycomores

Semblent verser des larmes d’or.

La vérité plus prosaïque

N’a rien de très poétique.

Aligné près de la Seine
Qui charrie du polystyrène
Les sycomores et les tilleuls
Tout simplement perdent leurs feuilles

Le vent qui souffle par à-coups,
Les éparpille un peu partout.
Et je ne fais aucun un effort
Pour décrire ce que je vois
Car elles sont comme une pluie d’or
Ces feuilles qui tombent sur moi.

Les sycomores et les tilleuls
N’ont maintenant plus de feuilles.
Les voici dépouillés, tout nus,
Alors que le froid est venu.

Les voici comme des squelettes
Révélant leurs branches fluettes
Et les moignons peu ragoûtants
Que l’homme a fait en les taillant.

On dirait de très vieux soldats
Qui ont sillonné la terre
Et ont vécu toutes les guerres
Avant de s’enraciner là.

On dirait les grognards de Cambronne
Qui, au retour de Waterloo
Se sont arrêtés en colonne
Pour s’accorder un bref repos.

On dirait des poilus de l’Argonne
Des fantassins tout harassés
Attendant que le clairon sonne
Pour reprendre le pas cadencé.

On dirait de vieux Spahis,
Des survivants de l’Indochine,
Des Aurès et de Kabylie
Qui se morfondent sous la bruine.

On dirait de vieux légionnaires
Mutilés par trop de combats
Contre Viets ou Fellaghas
Rêvant des gloires éphémère 

On dirait une armée en retraite
Qui ne croit plus aux jours de gloire
Et qui n’attend plus de victoire ;
Qui est lasse de tant de défaites.

On dirait des spectres sévères,
Des fantômes de guerriers morts
Immobiles dans ce décor
Que l’hiver a rendu austère.

Et les feuilles amassées à leurs pieds
Sont par le vent balayées  
Avec les pages d’un cahier
Pleins de devoirs d’écolier.

On croirait un envol de colombes
Que ces pages happées par les trombes

 La couverture cartonnée,
D’où l’une après l’autre elles sortent,
Gît au milieu des feuilles mortes.

Et je ne suis pas étonné,
De lire le nom qu’elle porte :
Mireille ! La fille de nos voisins
Qui vont se désunir demain
Et partir dès le matin,

Pour ne plus jamais revenir.
Alors le vent s’acharne sur les pages
Qu’il disperse dans les parages
Comme on disperse un souvenir.

Les tilleuls et les sycomores
Ne ne versent plus des larmes d’or.

Et pourtant malgré mes efforts
A ne pas embellir ce que je vois,
Elles ressemblent à une pluie d’or
Ces feuilles qui tombent sur moi.

 

JB

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