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Un inoubliable souvenir

Quand j’étais apprenti mécanicien dans l’armée de l’air

(Glissez sur la pub)

 

 

 

 

Un inoubliable souvenir

 

 

C’était un jour brumeux à Rochefort sur mer

J’avais seize à peine et m’étais engagé

Comme apprenti mécano dans l’armée de l’air

Et, par le mal du pays, j’étais assiégé.

 

C’était un dimanche gris et moi en solitaire,

De notre casernement, je passai la barrière

Derrière d’autres apprentis chantant a capella

En saluant le sergent de garde ce jour là.

 

Eux étaient fort joyeux de cette permission

Et s’égayaient bruyamment à travers la ville

Cafardeux, je comptais prendre une autre direction

Qui m’éloignerait de leurs clameurs juvéniles.

 

Elle était juste en face. Aucun ne l’avait vue,

Trop pressés d’aller s’encanailler dans les rues

Mais moi je m’approchai, attiré par ses yeux

D’une pâle bleuité comme l’horizon brumeux.

 

« Tu as l’air un peu triste » lui dis-je en m’approchant.

« Toi aussi » lâcha-t-elle d’une voix presqu’inaudible.

Elle posa sur le mien son regard si touchant

Qu’il déclencha en moi un bien-être indicible.

 

Les montagnes de Savoie dans cette vaste plaine

Hantaient mes pensées et les rendaient moins sereines.

Mon spleen dont elles étaient bien sûr, à l’origine

Fut chassé par le charme de cette jolie gamine.     

 

Nous avions tous les deux à peu près le même âge

Mais elle n’était pas là, en quête d’un soupirant.

Des airs d’enfant perduraient sur son beau visage

Et nous étions tous deux timides, évidemment..

 

« Veux tu qu’on se promène ensemble » ? demandai-je.

Oui ! murmura-t-elle. Sa frimousse d’adolescente

S’éclaira d’un sourire qui, tel un sortilège,

Nous transporta tous deux au bord de la Charente

 

A l’endroit où ses eaux paisibles, nonchalamment,

Viennent rejoindre les vagues de son fougueux amant.

En ce lieu, sa largeur s’est soudain décuplée

Comme si à l’océan elle venait s’accoupler.

 

Cette vision, dans les reflets brumeux des lointains

Nous fascina tous deux et je lui pris la main.

Le staccato des péniches glissant lentement

Dans l’estuaire rythmait notre émerveillement.

 

Toute la journée nous avons erré sur les rives

De ce fleuve attachant aux courbes suggestives.

Nous sommes nous arrêtés pour déjeuner ou boire ?

Si oui, cette halte n’est pas restée dans ma mémoire.

 

Ce qui en elle est demeurée indélébile

C’est la tendre douceur de cette journée tranquille

Où une adorable taiseuse des Charentes et moi

Avons badaudé en partageant nos émois.  

 

Le soir, tardivement, le soleil est venu

Colorer les eaux qui clapotaient et les nues.

Elle me raccompagna à l’entrée de la base

Ses lèvres sur ma joue furent douces comme cette gaze

 

Qu’on pose sur les plaies ouvertes et saignantes.

Puis me tournant le dos, elle s’éloigna de moi 

Je ne la revis plus. Oubliant la Savoie 

J’errai chaque dimanche au bord de la Charente.

 

 JB

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