Colère sur la plage. (Glissez sur la pub)
A l’ombre d’une chaise.
Aux aurores déjà sévissait la chaleur
Et je n’entendis pas le goéland râleur
Qui à l’ombre d’un rocher s’était mis en sommeil
Pour se protéger des flamboiements du soleil.
J’ai marché ver la mer dès le lever du jour,
Un couple déjà y ayant pris toutes ses aises
S’était délimité sur place un vaste pourtour
Qui d’emblée provoqua en moi un fort malaise.
Non pas que je réclamasse une portion de sable
Moi, quand je viens ici, je pose mon sac et nage
Puis une fois achevées mes longueurs raisonnables
Je me sèche et très vite m’éloigne de la plage.
Ce qui m’a choqué dans ce couple quinquagénaire
Et d’un seul coup a fait éclater mon courroux
C’est son impertinence de propriétaire
Avec cet air de dire : « cet endroit est à nous » !
Ils étaient arrivés les premiers, j’en conviens,
Mais s’étaient arrogé ce lieu comme un bien
Et pas question pour eux de l’offrir en partage
Ni qu’un objet quelconque vint leur faire ombrage.
Or il se trouve qu’une amie déposa sa chaise
Entre eux et la mer, inconscient sacrilège,
Cette chaise empêchant le soleil matinal
De faire bronzer les blanches jambes de ce couple trivial.
« C’est la vôtre » ? me demandèrent-ils, patibulaires.
Et là, au lieu de héler sa propriétaire,
Qui ne nageait pas très loin, j’explosai de fureur
Et abreuvai d’insultes ces deux accapareurs
S’ensuivit une dispute qui ne fit pas je pense
Honneur au savoir vivre et à la bienséance.
Je quittai cette plage empli de contrition,
Me reprochant mon manque d’imagination.
Edmond Rostand, lui, se serait senti à l’aise.
Comme la tirade du nez, que je connais par cœur
Il aurait, sans effort, troussé celle de la chaise
Qui eût fermé le clapet de ces deux gêneurs.
Dès que je fus parti, ma réplique vint sur l’heure
« Comme Diogène vous voulez qu’on s’ôte de votre soleil.
Or le penseur n’avait pas l’esprit en sommeil.
Vous pestez contre une chaise, lui, contre un empereur »
« Vous avez donc mis votre intelligence en berne
Et faites partie de ceux que, malgré sa lanterne
Allumée en plein jour, Diogène prit pour cible.
Etant si peu humains vous êtes donc invisibles ».
Hélas, ma nature primaire et primesautière
Trahit très rarement ce que mon cœur ressent
Et malgré mes regrets qui sont vraiment sincères
Ce couple est seul responsables de mon grand coup de sang » !
JB
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