Pensée de la semaine ( glissez sur la pub)
Les secrets de la Main verte
Cette main verte, savez-vous comment on en hérite ?
Il faut aimer les plantes, les aimer tendrement
Comme on peut aimer un animal domestique
Et surtout pas comme un simple objet d’ ornement.
Comme nous les végétaux ont soif et ont faim
Les uns apprécient l’ombre, les autres la lumière
Et même s’ils ne peuvent l’exprimer, il est certain
Qu’ils réagissent aux attentions particulières.
Les soigner, les choyer et avoir l’œil sur eux
Leur donnent très vite un air beaucoup plus vigoureux
J’irai même jusqu'à dire que ces simples actions
Les empêchent de sombrer dans la déréliction.
Oseriez-vous prétendre que les fleurs ont une âme ?
M’a dit une dame me prenant pour un excentrique.
Je fais plus que le prétendre, je le proclame
Répliquai-je d’un ton, certes, trop catégorique.
J’avais encore en mémoire la mutique fureur
Des déodars géants au flanc de l’Hindou-Kouch,
Leurs fixités glaciales et leurs ombres farouches
Qui dans la nuit nous faisaient frissonner de peur.
Jusque là ces arbres tels des guerriers hiératiques
Se dressaient face aux hélicoptères soviétiques,
Qui obstinément quêtaient la moindre clairière
Pour y lâcher leurs roquettes meurtrières
Mais cette fois-ci ces vieux cèdres protecteurs
Exhalaient un rejet qui éveillait nos peurs.
Même les moudjahidines connus pour leur bravoure
Lançaient des regards inquiets dans les alentours.
Nous n’eûmes qu’une envie, nous échapper au plus vite
De cette forêt emplie de forces maléfiques,
Elle nous avait sans doute pris pour les tronçonneurs
Qui allaient débarquer ici dans quelques heures
Avec une colonne de chameaux de Bactriane
Pour transporter les grumes des cèdres sacrifiés,
Ainsi qu’une longue procession de mules afghanes
Chevauchées par des coupeurs de bois qualifiés.
Ils sentaient approcher cette horde de scélérats
Qui les vendaient à prix d’or aux riches émirats –
Avec la complicité des mafias du cru –
Ces arbres majestueux aujourd’hui disparus.
Convaincus de leur déforestation prochaine,
L’impuissance les plongeait dans une rage soudaine
Qui nous effraya, nous, vagabonds de passage
Mais n’ébranla pas les auteurs de ce saccage.
Quand deux mois plus tard nous revînmes sur les lieux
Plus aucun déodar ne caressait les cieux
Et de très loin déjà une odeur de résine,
En suspension dans l’air, irritait nos narines.
C’était comme un charnier, une prédation infâme,
Ayant moi-même perçu les troublantes terreurs
De ces cèdres qui sentaient venir leur dernière heure
J’ai su là que les arbres pouvaient avoir une âme.
Depuis j’observe la flore avec plus de tendresse
Même quand je subis la piqûre de l’aloès
Du nopal, de l’euphorbe ou d’un de nos rosiers
C’est mon inexpérience que j’accable en premier.
Lorsqu’on aime les plantes elles nous le rendent bien
Elles font tout pour nous plaire, quand on s’occupe d’elles
Qu’on les bichonne en ne ménageant pas son zèle
Et qu’on vient les saluer dès le petit matin.
Viva ! JB
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